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THIÉBAUD (THEOBALD, UBALD)

Ermite champenois († 1066) ou évêque de Gubbio, Italie († 16.5.1160 et canonisé en 1192). L’identité de ce célèbre saint est controversée. S’agit-il de saint Thiébaut de Provins, Champagne, ou bien de saint Ubald (Theobald), évêque de Gubbio, Italie ? Dans son étude, parue en 1906, H. Lempfrid pense pouvoir l’identifier à saint Thiébaut l’ermite, du lignage des comtes de Champagne, né à Provins vers 1033 et décédé le 30 juin 1066. L’argumentation de Lempfrid, se fondant essentiellement sur des rapports d’inspection ecclésiastiques de 1593, ne résisterait pas à l’épreuve selon une publication de Médard Barth ©, parue en 1950. Selon ce dernier, le saint protecteur de Thann est identique à saint Ubald, évêque de Gubbio. Bien que l’on ne sache rien de précis à ce sujet, il n’est pas exclu que la relique de saint Ubald — une phalange du pouce —, ait été apportée à Thann par Benvenuto, évêque de Gubbio, lors de son voyage en Alsace en 1289. En tout cas, les résultats de l’examen approfondi du corps de saint Ubald, entrepris en 1946 à Gubbio, et l’examen de la relique conservée à Thann en 1947, confirment que cette dernière provient bien du corps du saint évêque vénéré à Gubbio. Quant à savoir comment le nom Ubald est devenu Theobald, on pense que la prononciation des deux noms aurait été la même par une confusion entre « Sankt Ubald » (prononcer Tubald) et « Sankt Diebold ». Selon Barth, la dénomination thannoise tire son origine des documents bâlois de 1369 sur lesquels Ubald apparaît sous Theobald. Cette dénomination est aussi confirmée par une lettre d’indulgence du 7 juin 1340 en faveur de l’église Notre-Dame de Vieux-Thann dont l’église de Thann était une filiale. Le saint y est représenté en vêtements épiscopaux, de même que sur le plus ancien sceau de Thann daté de 1417. La renommée du saint protecteur de Thann se répandit grâce au Tomus miraculorum, notamment auprès des marchands de la Hanse qui commerçaient avec la France par le col de Bussang. Leurs dons permirent la construction de l’église actuelle de Thann dont le chœur fut achevé dès 1422. Parmi les autres lieux où l’on honore le souvenir du saint évêque de Gubbio, signalons Bâle où une chapelle lui avait été dédiée en 1369, les cathédrales de Strasbourg et de Constance où un autel lui a été consacré en 1370 pour la première, en 1383 pour la seconde. Des fresques à l’église de Brixen (Bressanone, Tyrol), remontant aux environs de l’année 1400, honorent également sa mémoire. La fête du saint champenois et celle du saint de Thann se célèbrent le 1er juillet.

J. von Melle, De itineribus Lubecensium sacris seu de religiosis et votivis eorum Peregrinationibus vulgo Wallfahrten, quas olim devotionis ergo ad loca sacra susceperunt, commentatio, Lubecae, 1711, p. 17, 18, 20, 21, 26, 29, 30, 32-37, 49-58, 109, 128 (mention de 110 actes authentiques des XIVe et XVe siècles) ; G. Stoffel, Tomus miraculorum s. Theobaldi, Colmar, 1875 ; H. Lempfrid, « Die Thanner Theobaldssage und der Beginn des Thanner Münsterbaues », Bulletin de la Société pour la conservation des monuments historiques d’Alsace, t. 21, 1906, p. 1-130 ; J. M. B. Clauss, Die Heiligen des Elsass…, Düsseldorf, 1935, p. 129-134, 229-231 ; A. Lardier, Le mystère de saint Theobald, Mulhouse, 1946 ; M. Barth, « Zur Geschichte der Thanner St. Theobalduswallfahrt im Mittelalter », Annuaire de la Société d’histoire des régions de Thann-Guebwiller, 1948-1950, p. 19-82 ; F. Reibel, « Saint Amarin et saint Thiébaut », Bulletin ecclésiastique du diocèse de Strasbourg, t. 70, 1951, p. 117-122 ; P. Stintzi, « Vom St. Theobalds-Kult », Annuaire de la Société d’histoire des régions de Thann-Guebwiller, 1957-1960 (paru en 1961), p. 126 ; L’Alsace et les Pays nordiques, catalogue de l’exposition à la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg 12 mars-3 avril 1966, p. 8 ; C. Wilsdorf, « Les destinées des manuscrits du Tomus miraculorum sancti Theobaldi », Annuaire de la Société d’histoire des régions de Thann-Guebwiller, 1965-1967, (paru en 1968), p. 103-104 ; idem, « L’essor de la vallée de la Thur aux XIIIe et XIVe siècles », Annuaire de la Société d’histoire des régions de Thann-Guebwiller, 1968-1969 (paru en 1970), p. 33-39 (plus particulièrement les p. 38-39) ; Kirschbaum, Lexikon des Christlischen Iconographie, Fribourg-Br., 1976, t. 8, col. 439-442 ; Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France. Haut-Rhin, canton de Thann, 1980, p. 465 (passim) ; R. Lehni, « La collégiale de Thann haut lieu du gothique tardif », Visages d’Alsace n° 9, 1980 ; A.-M. Burg, « Thiébaud Theobald (v. 1033-30.6.1066) », Encyclopédie de l’Alsace, XII, 1986, p. 7333-7334 (qui identifie le protecteur de Thann avec l’ermite de Provins).

† François-Joseph Fuchs (2001)