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MERSWIN

Ancien lignage patricien et bourgeois de Strasbourg dont les membres apparaissent au service de la Ville et de l’Église du XIIIe au début du XVIe s. Les frères Rulin et Sifrid sont attestés dès 1239 comme vassaux de l’évêque. Entre 1266 et 1437 des membres de la famille figurent régulièrement parmi les monnayeurs (Hausgenossen). Comme tels ils occupent une position privilégiée dans les affaires financières de la Ville. Pas moins de cinq membres apparaissent au cours du XIVe s. parmi les jurés de la Monnaie: Cuntz en 1329, Rulmann en 1339, Henselin en 1351, 1361 et 1369, Peter en 1369 et Lauwelin en 1383 et 1397. Le nom de Claus figure parmi les agents chargés de la réforme monétaire de 1397. D’autres sont présents au conseil de la Ville dans les rangs des Constofler (p. ex. Claus en 1394, 1396, 1400, 1402, 1406, 1408, 1410, 1414, 1416, 1422) ou des stettmeistres (p. ex. Claus en 1398, 1404, 1412, 1418) ou comme représentants des marchands (p. ex. Clawes en 1346 et 1354). L’histoire de leurs activités politiques et financières ainsi que de leurs alliances matrimoniales avec des membres des plus illustres familles patriciennes (Huffel, Knobloch, Swarber, Spender, Vœltsch, Wurmser) reste à faire. Parmi les membres qui ont rempli des charges ecclésiastiques signalons entre autres: Sifrid, prévôt du couvent Saint-Arbogast (1366-1375), le célèbre Rulmann © 1, banquier et auteur de traités mystiques († 1382), Conrad, chanoine de Saint-Thomas et de Saint-Pierre-le-Jeune (avant 1391), Claus, chanoine de Saint-Thomas (1413) et de Saint-Pierre-le-Vieux (1429). Plusieurs femmes Merswin furent prieures du couvent Saint-Marc. Dans le domaine des affaires bancaires le plus illustre représentant de la famille semble avoir été Johans (ou Henselin), juré de la Monnaie et burgrave, qui, à moins d’homonymie, est attesté dès 1328 dans le Milanais en relation d’affaires directes avec la curie romaine (A. Schulte, Geschichte des mittelalterlichen Handels…, I, p. 285-286). Grâce à la conservation d’une partie des comptes, on est relativement bien renseigné sur les affaires de Johans Merswin et l’identité de sa clientèle parmi laquelle figurent le margrave de Bade, l’évêque de Strasbourg et le pape. Fin 1352 le margrave Hermann reconnaît devoir 30 l. à J. Merswin (Urkundenbuch der Stadt Strassburg, VII, n° 689). En 1361 J. Merswin détenait en gage les bijoux de la margravine Margaretha de Bade. Celle-ci le pria de les lui prêter temporairement pour lui permettre d’assister à une grande réception donnée par son oncle (Oheim) à Besançon (Urkundenbuch der Stadt Strassburg, V, n° 543). J. Merswin s’occupa pratiquement de l’ensemble des paiements de l’évêque durant les années 1360-1370. En 1363 la dette de l’évêque s’éleva à 1202 l. et 336 florins (Urkundenbuch der Stadt Strassburg, VII, n° 1100). En 1367, l’évêque est redevable à J. Merswin de 1358 I. (ibidem, n° 1254). Déjà en 1366 J. Merswin encaissa les recettes de la douane épiscopale, sans doute engagées par le débiteur. L’année suivante J. Merswin détenait aussi en gage la mitre, la crosse et une partie de l’argenterie épiscopale (ibidem, n° 1254). J. Merswin s’intéressa aussi, semble-t-il, au commerce au long cours. En 1367, Gerhart von Gotzinhode, bourgeois de Louvain, prêta à Francfort à J. Merswin 2 400 florins hongrois, remboursables à Louvain (Urkundenbuch der Stadt Strassburg, VII, n° 1262). Banquier attitré de la ville de Strasbourg, J. Merswin régla aux treize préposés de la paix régionale (« elsässischer Landfrieden ») les subventions à la charge de Strasbourg en tant que ville adhérente de cette institution (Urkundenbuch der Stadt Strassburg, V, n° 801). Les activités financières de J. Merswin culminèrent dans ses relations avec la curie romaine. En 1369 Urbain V pria J. Merswin de verser à l’évêque de Spire les 3 000 florins de dîme papale déposés chez lui. La même année Bertold von Grünenberg, peut-être fondé de pouvoir de l’évêque de Spire, donna quittance à J. Merswin pour la dite somme. Pour l’année 1371 une reddition de comptes entre J. Merswin et l’évêque d’Augsbourg, fait état de 2 200 florins dus par J. Merswin au dit évêque et à 3205 florins réclamés par la Curie. À partir de 1373 J. Merswin sembla se trouver en difficultés financières, quoiqu’en 1374 encore le couvent des Hospitaliers de Saint-Jean à Dorlisheim se reconnût débiteur de J. Merswin pour 2 900 florins (Urkundenbuch der Stadt Strassburg, VII, n° 1619). L’empereur Charles IV intervint auprès du magistrat de Strasbourg pour que J. Merswin payât l’argent qu’il devait à Huwart von Elter, son « Marschalk » (Urkundenbuch der Stadt Strassburg, V, n° 1078). Quatre de ses créanciers procédèrent à la saisie de ses biens immobiliers. Parmi eux figurent la ville de Strasbourg pour 1 800 l. (Urkundenbuch der Stadt Strassburg, VII, n° 1574), les Antonins pour 800 florins (ibidem, n° 1573) et l’aubergiste zum Nesselbach pour 91 l. et 80 florins (ibidem, n° 1571). Il n’est cependant pas établi que J. Merswin fit faillite, quoique la cession de la fonction de burgrave, fief épiscopal, à Hetzel Rebstock parle en faveur de cette hypothèse, de même que l’apparition, par la suite de Friedrich Pfaffenlapp comme banquier de la Chambre apostolique à la place de J. Merswin (Urkundenbuch der Stadt Strassburg, V, n° 1314). J. Merswin est mentionné une dernière fois comme débiteur de cette institution ecclésiastique pour 9 000 florins en 1378 (Urkundenbuch der Stadt Strassburg, V, 1141, 1253, 1278, 1314). J. Merswin n’est plus en vie le 10.7.1381 (Archives municipales de Strasbourg, III, 3/12). Signalons que les frères Hans et Conrad Merswin réalisèrent eux aussi des affaires financières importantes entre 1361 et 1366 avec le comte palatin Ruprecht Ier. Le solde débiteur de ce dernier se situe vers cette époque entre 700 et 4 000 florins. Une étude approfondie de l’ensemble des documents encore conservés permettrait de préciser davantage le rôle de premier plan joué par les membres de la famille Merswin dans la haute finance européenne aux XIVe et XVe s.

A. Hertzog, Chronicon Alsatiae, Edelsasser Cronick…, Strasbourg, 1592, 6e livre, p. 187-188 ; Revue d’Alsace, 1856, p. 145 et suiv. ; Die Chroniken der oberrheinischen Städte : Strassburg, Leipzig, 1871, p. 1003; Kindler von Knobloch, Das goldene Buch von Strassburg, 1886, p. 191-192; Urkundenbuch der Stadt Strassburg, Strasbourg, 1896-1900, V, VI, et VII (index) ; A. Schulte, Geschichte des mittelalterlichen Handels und Verkehrs…, Leipzig, 1900, I, p. 285-286; J. Hatt, Liste des membres du grand Sénat de Strasbourg…, Strasbourg, 1963, p. 494, 604 ; R. Schelp, Die Reformationsprozesse der Stadt Strassburg am Reichskammergericht zur Zeit des Schmalkaldischen Bundes…, Kaiserslautern, 1965, p. 115, 138; Histoire de Strasbourg des origines à nos jours, sous la dir. de G. Livet et F. Rapp, Strasbourg, II, 1981, p. 639 ; M. Alioth, Gruppen an der Macht. Zünfte und Patriziat in Strassburg im 14. und 15. Jh…, Bâle-Frankfurt a. M., 1988, p. 61, 66, 92, 107, 110, 113-116, 197, 199, 233, 235, 522, 527, 529, 530, 534, 539, 540-542, 559, 565, 571.

† François-Joseph Fuchs (1995)