SPIELMANN Alain Michel

Architecte DPLG (*12.7.1944, Wald [Canton de Zurich]).

Fils de Isidore S. (†), affineur de métaux, et de Anna Alter (†), chimiste, 1 frère, 1 sœur, ∞ Paris 19.12.1970 Claudette Vida Martin (* 5.6.1945, Port-of-Spain, Trinidad, … 24.8.1999, Paris), 1 fils, 1 fille.

S. passe son enfance à Strasbourg. Il reçoit son enseignement élémentaire au Cours Gaillard (Robertsau) jusqu’en 7e, puis est inscrit au Lycée Kléber où il passe un baccalauréat de Mathématiques élémentaires, suivi d’une année de Mathématiques supérieures au Lycée Couffignal de Strasbourg-Meinau, avant d’intégrer, en 1963/64 l’Ecole Nationale Supérieure des Arts et Industries de Strasbourg. En 1964, il entre à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris, et en 1965, il est reçu au concours d’admission pour la section d’architecture. Il réalise son travail de fin d’études en janvier 1970 avec son collègue Claude Spohr. Tous deux sont élèves à l’atelier Stoskopf-Sacquin et suivent les cours en particulier de M. Marvillé, professeur de mathématiques et de géométrie descriptive. « Sur le décor pétrifié et la situation de l’architecture » est un ensemble de thèses sujet de leur diplôme.

Sa première réalisation architecturale, apparaît en 1965 pour le magasin de chaussures Lincoln , sis à Mulhouse, à l’époque rue du Sauvage (inauguré par le maire Emile Muller ©) Deux ans après, en 1967, c’est autour du magasin Simclo, place de l’Homme de Fer à Strasbourg, de bénéficier d’une conception et d’une réalisation signées « Alain Spielmann » avec le dessin d’un espace ouvert sur la ville et la création de meubles originaux en acier émaillé de couleur vives réalisés à l’Emaillerie Alsacienne.

Parallèlement à ses études (et ses premières réalisations), S. s’intéresse au théâtre et à la mise en scène. Sa première pièce sera L’amour médecin, de Molière, montée au lycée Kléber en 1958, à 14 ans. De 1964 à 1968, il s’occupe de scénographie, de décors et de costumes pour le Théâtre Universitaire de Strasbourg (T.U.S.). Dans cette période il réalise les décors de théâtre pour une demi-douzaine de pièces, mais dès 1962, il monte avec Alain Becker, une pièce de Machiavel, La Mandragore,  pour un spectacle de théâtre en plein air à la Cour du Corbeau. Il collabore à la mise en scène avec Jean Hurstel ©, fondateur et directeur du T.U.S., plus tard (1992-2004) directeur de la « Laiterie » de Strasbourg, d’une pièce d’Armand Gatti, La 2e existence du camp de Tattenberg. C’est   l’époque où Gatti innove par ses textes. Avec le  « théâtre spatial »  proposé par S. qu’il applique en plaçant les spectateurs entre les plateaux et en éclatant la scène «  à l’italienne » Jean Hurstel met en scène Alceste, d’Euripide, avec des décors de S., puis  V. comme Vietnam, écrit par Gatti, spécialement pour le TUS et également mis en scène par Hurstel avec la mise en espace et des décors de S.

Cette période « scénographique » prend fin avec le départ d’Armand Gatti lors du festival de Nancy, en 1968. 1970 sera l’année de la fin des études, du mariage, du départ à Paris, de la modernisation de l’infrastructure de l’entreprise paternelle. C’est au cours de cette année que S. entre à l’Agence Badani et Roux-Dorlut où il devient « chargé de projets » et se fait confier, notamment, les études de conceptions architecturales pour l’édification des échanges du Pont de Sèvres et celles du nouveau viaduc sur la Seine face au Pont de Saint-Cloud et au-delà de ces constructions sa mission dure dans cette agence jusqu’en 1980.

En 1973, S. se lance dans la conception puis la construction d’une maison monofamille, avec la collaboration de son collègue Charles Simbsler, au 98, rue de la Ganzau à Strasbourg-Neuhof. Cette maison, au style influencé par celui de Walter Gropius, présente quelques originalités, notamment son style très sobre et moderne avec toits plats, terrasses , grandes baies vitrées, un patio, des volumes intérieurs communicants, une implantation astucieuse face au soleil, une peinture du plafond du salon, inspirée du Bauhaus, une originale cheminée circulaire, conçue par Charles Simbsler, avec des éléments de décor créés par l’artiste tchèque Walter Piesch, un papier peint à motif spiraloïde également de Charles Simbsler, spécialement conçu pour cette demeure, qui couvre tout ensemble le hall d’accueil, l’entrée et la montée de l’escalier, ainsi qu’une céramique de Spielmann, Vasutek (architecte ami également formé dans le même atelier) et Sivrais, qui couvre une partie du patio extérieur. L’ameublement intérieur, salon, bibliothèque, meuble mural, etc., signés Saporetti, est choisi pour s’inscrire dans la même modernité. Cette construction, qui prolonge dans l’architecture individuelle les recherches effectuées dans le « théâtre spatial  » pour les pièces de Gatti, pourrait bien incarner un courant architectural caractérisant la 2e moitié du XXe s. (Cet immeuble a fait l’objet d’un article d’Anne Fourny dans la revue Home. Maisons et décors de l’Est, n° 9, sept. 1976).

En 1977, S. fonde avec sa femme Claudette Martin l’ « Agence Alain Spielmann Architecte ». Pendant la décennie 1980-1991, S. est Directeur du Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et d’Environnement (CAUE) de l’Aisne et crée à Laon sur le plateau de la ville ancienne dans une maison qu’il rénove une collection de dessins originaux et d’esquisses d’architectes.

Bien qu’ayant imaginé et construit des meubles, inventé les «  spielmeubles » meubles-jeux pour enfants, crée des peintures, des flottants, des céramiques, écrit des articles et un livre, produit des films courts-métrages, construit des maisons, des usines, des bureaux, des bâtiments techniques, hospitaliers, des maisons de retraite dont la très originale EPHAD du Val de Mercy en Bourgogne, la grande œuvre professionnelle est la construction d’ouvrages d’enjambement, commencée en 1977. Et si le titre n’était pas déjà confisqué, S. mériterait bien celui de « pontifex maximus » (= « le plus grand faiseur de ponts »). Jusqu’en 2013, il a ainsi érigé plus de 200 ponts et viaducs, dont 2 à Strasbourg (le pont Pierre Brousse, 1996, et le pont du Danube, 2005) et 14 passerelles (dont 1 à La Wantzenau, 1998). L’ensemble de ces ouvrages se répartit techniquement en 7 catégories (les ponts « Lame » ; les ponts « Arc » ; les ponts « Câbles » ; les ponts « Paysage » ; les ponts « Belvédère » ; les ponts « Bois » et les ponts « Couleurs ») et géographiquement à travers tous les départements français, tandis que sa réputation a franchi les frontières, notamment celle de Belgique, d’Angleterre, d’Allemagne, de Trinidad et Tobago, de Singapour, de Hong-Kong. S. a déployé un soin particulier pour insérer ses différents édifices dans les paysages en mettant en tension les artefacts humains avec les sites à qui ils sont destinés, en respectant notamment à la fois leur fragilité et leur capacité de « résistance ». A chaque nouveau projet correspond nécessairement le questionnement de savoir « comment analyser et approcher un paysage » pour y bâtir un ouvrage. L’infini respect témoigné à la technique de la mise en œuvre d’une part, et au paysage d’autre part, a été le garant de cette esthétique aboutie qui caractérise bel et bien ce qu’on peut appeler ici à juste titre « un ouvrage d’art ». Enfin, on ne peut pas ne pas constater que pour l’ensemble de ses réalisations, S. honore la collaboration de ses pairs en ayant l’élégance de présenter ses œuvres comme le résultat d’un travail de collaboration, et non pas l’expression d’une création solitaire.

A publié : La résistance des sites. De l’architecture des ponts. Presses des Ponts, Paris, 2013, 208 p.

 

Théo Trautmann  (juillet 2014)