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MAXIMILIEN Ier

Roi des Romains (1486-1508), empereur élu (1508-1519) ( Wiener-Neustadt 22.3.1459 † Wels 12.1.1519, inhumé à Wiener-Neustadt, chapelle funéraire à Innsbruck).

Fils de Frédéric III, empereur (1415-1493) ©, et d’Éléonore de Portugal (1434 7-1467). ∞ I 19.8.1477 à Gand Marie de Bourgogne (1457-1482). ∞ II 16.3.1494 à Innsbruck Bianca Maria Sforza (1472-1510). 3 enfants du premier mariage dont Philippe le Beau (1478-1506), roi de Castille (1504), père de Charles-Quint, et Marguerite, duchesse de Savoie (1480-1530); une dizaine de bâtards.

Du fait de son long règne et de ses ambitions politiques, Maximilien Ier exerça une influence capitale dans l’évolution de l’Alsace de la fin du Moyen Âge et du début des temps modernes. Il s’y rendit à une dizaine de reprises, sous la forme de séjours plus ou moins longs. En septembre 1473, en compagnie de son père, visitant notamment le pèlerinage de Kientzheim, entre novembre 1492 et mars 1493 (via Saverne, Sélestat, Colmar, Ensisheim, le 26 novembre où il se fit montrer l’aérolithe tombée le 7 novembre, puis à Colmar jusqu’en mars), septembre 1498 (Ensisheim, Mulhouse, 9 septembre 1498), avril 1499 (Strasbourg), mai-juin 1502 (Strasbourg: rencontre avec Geiler © et Wimpheling ©), mars-mai et septembre 1505 (Strasbourg, Haguenau), mars 1507 (Haguenau, Strasbourg), mars 1511 (Colmar, Sainte-Croix-en-Plaine, Rouffach, Strasbourg, après avoir hiverné à Fribourg et Brisach), automne 1512 (Wissembourg), novembre-décembre 1516 (Bergheim, Saint-Hippolyte, Strasbourg, Neuwiller, Haguenau où il passa les fêtes de Noël). En avril 1490, l’abdication de l’archiduc Sigismond lui permit d’entrer enpossession du Tyrol et des pays antérieurs autrichiens, avant de reconstituer à son profit les territoires héréditaires (Erblande) de la Maison d’Autriche à la mort de son père (août 1493). Popularisé par l’imprimerie et par l’image (p. ex. un médaillon de la maison Pfister, à Colmar, ou une statue du Kornhaus de Fribourg), Maximilien trouva dans les humanistes alsaciens des propagandistes et des courtisans, tels Wimpheling, dénonçant le rapt (Brautraub) d’Anne de Bretagne par Charles VIII (1491), puis exaltant l’Allemagne (Germania, 1501), Sébastien Brant ©, célébrant la chute de l’aérolithe d’Ensisheim ou la victoire de Salins (1492, 1493) ou les poètes et les érudits à son service (Jacob Spiegel ©, les Stürzel ©). Brant fut anobli par lui en 1502. Le thème de la rénovation impériale fut effectivement porté par le roi des Romains, notamment lors de la diète de Worms (1495), qui interdit les guerres privées (Fehde), fonda une juridiction supérieure d’Empire (le Reichskammergericht de Spire) et institua un impôt général (le gemeine pfennig). Cependant, les réunions ultérieures ne purent concrétiser les projets de réforme (diète d’Augsbourg, 1500) bien qu’elles eussent vu s’affirmer un sentiment patriotique (mesures d’interdiction du service de lansquenets ou de reitres à l’étranger).

En Alsace, le rôle personnel de Maximilien fut sensible dès son accession à la royauté (roi élu le 16 février 1486, couronné à Aix-la-Chapelle le 9 avril 1486) : dès mars 1486, son intervention apaisa les relations entre l’empereur et le comte palatin Philippe l’Ingénu, garantissant à ce dernier la possession du grand bailliage de Haguenau. Sa capture par les Brugeois, lors de la révolte des villes flamandes (1488) donna lieu à une mobilisation assez large, tant dans les dix villes impériales qui expédièrent un contingent aux Pays-Bas (64 fantassins, 18 cavaliers envoyés par les villes) qu’à Strasbourg ou dans d’autres territoires. Son arrivée en Alsace à l’automne 1492 se traduisit par des manifestations de loyalisme, qui furent suivies par un renouvellement des privilèges de la Décapole (4 juillet 1494, Aix la Chapelle), puis par la reconduction de l’alliance appelée Basse-Union (Niedere Vereinigung), fondée lors des guerres de Bourgogne (12 août 1494). L’idée de réunir le Reichstag à Colmar fut envisagée dans le premier trimestre 1493. À l’issue de la guerre de succession palatine (Landshuter Erbfolgekrieg), Maximilien se saisit du Grand Bailliage de Haguenau à la tête duquel il nomma Caspard de Morimont © (18 juillet 1504), puis son fils Jean-Jacques (1513) ; il agit de même à la Reichsvogtel de Kaysersberg, confiée au chancelier Conrad Stürzel (1504- 1509), à son fils Conrad junior (1509-1517) et à l’entrepreneur minier Conrad Bolsnitzer (1517-1520). La politique menée en Alsace oscilla entre deux pôles : à côté des garanties apportées aux membres immédiats de l’Empire : reconnaissance de l’autonomie judiciaire de Strasbourg (dont le Conseil des XIII prétendait être l’émanation locale du Reichskammergericht), en limitant l’action du tribunal de l’officialité (1505, à la suggestion de Brant), en accordant le droit de recevoir des Pfahlbürger (1512), confirmation des droits de propriété de Mulhouse sur lllzach (1505), expulsion des juifs d’Obernai, de Munster et de Colmar (entre 1507 et 1511), elle s’accompagna d’une sorte de tentative d’intégration provinciale. À partir de 1502-1504, mais surtout dans les années 1513-1514 et 1517, les complots du Bundschuh puis les guerres contre le roi de France donnèrent l’occasion d’une mobilisation conduite par le bailli de Haguenau : les « états provinciaux » (Landstände) mirent au point les premiers plans de défense (Landesrettungen). En 1517, les Landstände établirent un premier plan, valable deux ans, qui prévoyait notamment quatre camps, à Châtenois, Molsheim, Neuwiller et Wissembourg. À la mort de l’empereur, les seigneurs et les villes de Basse Alsace se réunirent à Molsheim, dans la même intention. Suivant ses intérêts du moment, Maximilien fit montre d’une sollicitude plus ou moins grande à l’égard de ses sujets alsaciens: renouvellement ou extension des privilèges des membres de l’Empire, notamment lors de ses passages dans la région (en 1498, diplômes en faveur de Murbach), distinctions honorifiques (aux Ribeaupierre, p. ex., aux Antonins), protection spéciale accordée à des établissements religieux (Saint-Valentin de Rouffach, sous la direction de J. Sanseti © ou Froideval, dirigé par Jean du Pin). En 1506, il assista personnellement à la consécration de l’évêque Guillaume de Honstein (c). La situation géopolitique de l’Alsace lui valut d’être une tête de pont pour les entreprises « bourguignonnes » du roi des Romains. Dès l’été 1491, un premier raid en Franche-Comté se solda par un échec. L’année suivante, menant personnellement l’offensive avec une armée formée en grande partie de ses vassaux, il effectua une promenade militaire le long de la Saône et prit ses quartiers à Porrentruy, pendant que Frédéric Cappler © remportait la victoire de Salins (17 janvier 1493) qui lui donna la maîtrise du pays. Le traité de Senlis (23 mai 1493) entérina cette reconquête de l’héritage bourguignon. Le mariage du roi de France et de la duchesse Anne de Bretagne, et le renvoi de la petite Marguerite d’Autriche, promise à Charles VIII, avaient servi de casus belli: une clé de voûte de la collégiale de Thann juxtapose les blasons de l’Autriche, de la Bourgogne et de la Bretagne dont Maximilien revendiquait la succession depuis son mariage par procuration avec la duchesse Anne (1490), n’hésitant pas à se parer lui-même du titre ducal. Les hostilités reprirent ultérieurement: une offensive mal conduite depuis les Vosges reflua dans le sud de l’Alsace pendant l’été 1498, sans que l’entrée en scène de Maximilien (et les menaces d’engagement de ses possessions de la rive gauche du Rhin) n’eussent suffi à galvaniser ses partisans. De même, la guerre dite de Souabe, menée en grande partie avec l’aide de la Basse-Union, pour ramener les Suisses dans la mouvance de l’Empire ne fut pas la campagne décisive dont les Habsbourg rêvaient depuis un siècle pour venger les morts de Sempach : l’armée commandée par le comte Henri de Furstenberg © et par F. Cappler fut écrasée à Dornach le 22 juillet 1499, prouvant une dernière fois l’invulnérabilité des Cantons. Le traité de Bâle (22 septembre 1499) rétablit une paix armée, en attendant l’Erbeinung (alliance perpétuelle) du 7 février 1511 qui devait placer les Confédérés dans des dispositions plus amicales : en août 1513, les Suisses et l’armée impériale menèrent, depuis l’Alsace et le Jura, une grande offensive vers Dijon : victoire à la Pyrrhus, suivie d’un retrait acheté par les Français. La politique alsacienne de Maximilien fut davantage une politique patrimoniale qu’un arbitrage conçu dans le cadre de l’Empire. Dès le 13 juillet 1490, les trois états des Vorlande (nom employé depuis cette date pour désigner l’ensemble transrhénan constitué par le landgraviat de Haute Alsace, le comté de Ferrette, le Brisgau, les seigneuries de la Forêt-Noire et les quatre villes forestières entre Bâle et le lac de Constance) prêtèrent serment à leur nouvel archiduc: Maximilien n’oubliera jamais leur loyalisme. Son règne fut marqué par l’épanouissement des institutions apparues depuis le milieu du XVe siècle: une administration centralisée, appelée Regiment ou Regierung depuis 1506, de préférence à l’ancien Hofgericht, un personnel stable, avec le grand bailli (Gaspard de Morimont, maintenu en 1490, Wolfgang de Furstenberg (1504-1507), Guillaume de Ribeaupierre (1507-1530), un Landschreiber, renommé chancelier en 1510, des conseillers nobles et gradués, rétribués par la chambre d’Innsbruck. La mise en place d’une législation commune, préparée ou relayée par des états provinciaux actifs, de très nombreuses sessions des diètes, le renouvellement de l’impôt provincial du « mauvais denier », l’établissement d’un plan de défense spécifique en 1515 sont à mettre à l’actif de ce gouvernement qui chercha effectivement à maintenir la paix et l’unité des territoires, ramenant les vassaux à une discipline librement consentie (par des médiations, des procès), fixant les usages et les charges (règlement des litiges entre les seigneuries particulières du Sundgau et les bailliages de Thann, Landser, Ferrette et Altkirch (1494-1495). Lorganisation d’une administration minière, avec un Bergmeister en 1512 est un indice de cette modernité, de même que la mise en route d’un tribunal criminel appelé Malefitzgericht, issu des villes et des seigneuries (1513).

Rendue possible par Maximilien, cette situation nouvelle annonça la formation d’un État moderne, dont l’un des signes fut la réunion d’une diète générale, à Innsbruck, en 1518, pour en établir les principes de gouvernement et en assurer la continuité. Il n’est pas douteux que Maximilien ait rêvé d’étendre son hégémonie sur l’Alsace tout entière. En septembre 1497, un incident provoqué par les bourgeois de Soultz donna l’occasion d’une courte guerre contre l’évêque de Strasbourg: la paix établie entre Maximilien et Albert de Bavière reconnut ses prérogatives de landgrave dans les domaines épiscopaux du Haut-Mundat ainsi que le droit d’ouverture (1498). De même, la confiscation du grand bailliage impérial (1504) vint conforter le réseau d’alliances tissé avec la Ligue souabe (1501), et le duché de Wurtemberg. À l’ordre du jour depuis 1498, des projets d’intégration de Mulhouse dans les territoires autrichiens donnèrent lieu à des négociations très avancées en 1501, mais qui s’enlisèrent après l’adhésion de Bâle à la Confédération (9 juin 1501) ; après avoir subi des menaces d’annexion brutale (1504), la ville finit par s’allier durablement aux cantons suisses (1515), étant remplacée au sein de la Décapole par la ville impériale de Landau. Maximilien semble avoir envisagé l’incorporation du Haut-Mundat de l’évêque de Strasbourg (1511) et même celle de la cité impériale de Colmar. En 1509, les exigences fiscales de l’Autriche sur le village de Gross-Hüningen (Huningue), dépendant du chapitre de Bâle provoquèrent une réaction brutale des Bâlois (raid sur Blotzheim). Les tensions entre Suisses et Alsaciens restèrent vives dans les années qui encadrent I’Erbeinung. Le rachat du Haut-Kœnigsbourg au comte Henri de Thierstein (28 avril 1517) permit un renforcement de l’Autriche en moyenne Alsace, notamment dans la perspective d’un contrôle des mines d’argent et de la frontière lorraine. Les relations privilégiées de Maximilien et de l’Alsace s’expliquent par une certaine antériorité (dès les années 1488-1490) et par l’existence d’un milieu de collaborateurs directs du souverain issus de la région, tels le chancelier Conrad Stürzel ©, bien implanté dans les Pays antérieurs, le trésorier Jacob Villinger ©, seigneur de Sainte-Croix-en-Plaine et le secrétaire Jacob Spiegel ©, le vice-chancelier Nicolas Ziegler ©, seigneur de Barr. Diplomates et chefs de guerre comme Paul d’Armstorf, Melchior de Masevaux ©, Simon de Ferrette ©, administrateurs comme Gaspard et Jean-Jacques de Morimont ou Guillaume de Ribeaupierre © jouèrent un rôle de premier plan dans l’ancrage « bourguignon » de la politique impériale. L’élection de Charles-Quint (1519) est en partie leur œuvre.

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Georges Bischoff (1995)