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MARITZ, puis MARITZ DE LA BAROLLIÈRE

Famille d’abord de charrons et de tourneurs originaire du Valais (1533), puis établie à Berthoud (Burgdorf), près de Berne, enfin comme mécaniciens de précision et inventeurs à Strasbourg, vers 1740, où elle forma une lignée illustre de fondeurs de canons.

  1. MARITZ Jean Ier,

tourneur et mécanicien (★ 11.4.1680 † 18.12.1743). Fils de Conrad Maritz (★ 1640 † 1689). ∞ Anna Catharina Vögeli (★ 1675 † 1736). Ce tourneur et mécanicien inventif, dont la formation spécialisée reste encore inconnue, apparait comme commissaire des fontes de Douai et de Lyon. Il y découvre et expérimente dans la quatrième décennie du XVIIIe siècle puis introduit à l’arsenal de Strasbourg en 1741 un procédé révolutionnaire de fabrication de canons, remplaçant le moulage par le forage. Avant lui, le canon était formé par un tube massif moulé  autour d’un axe qui, une fois enlevé, dégageait l’âme du canon. Désormais, les canons furent fondus en une seule pièce massive et immobile qu’une machine à forer mobile creusait avec précision en son milieu pour constituer l’axe de la future âme ; ainsi, à une pièce lourde, encore assez grossière, peu solide et souvent sujette à explosion, faisait place un canon certes toujours lent à fabriquer et coûteux, mais présentant les qualités novatrices d’un meilleur affinage, d’une solidité accrue et d’une bonne maniabilité ; cette invention capitale dans l’histoire de l’artillerie fut implantée et diffusée en France et dans la majeure partie de l’Europe par son fils Jean II.

  1. MARITZ Jean II,

commissaire général des Fontes de l’artillerie à Strasbourg (★ 26.7.1711 † 12.5.1790). Fils de 1. ∞ 10.11.1735 à Satigny (canton de Genève) Judith Deonna, de Genève (★ 1717 † 179?). Il fait son apprentissage à Lyon et à Paris, puis s’installe à Strasbourg, où il trouva la solide tradition militaire d’une place forte qu’illustra au XVIe siècle le Strassburger Geschütz et une ambiance favorable à la gestation et à l’épanouissement de ses grands dons techniques. Il travaille d’abord à l’École d’artillerie, la seconde de France après celle de Douai, établie à l’emplacement de l’ancienne abbaye Sainte-Claire. Dès 1740, il était commissaire des fontes de Strasbourg et dirigeait la fonderie de la ville créée en 1698 ; il y importa la machine à fabriquer des canons inventée par son père et organisa si bien sa fonderie qu’on a affirmé « qu’une femme suffirait largement à la diriger ». Son plus grand triomphe consista à présenter, en 1744, plaine des Bouchers, les nouvelles pièces, flanquées de 500 autres, à Louis XV lors de la première visite du roi à Strasbourg. En 1752, il installa ses machines à forer dans divers arsenaux de France. En Espagne, il introduisit de nouvelles machines, dès 1766 à Barcelone et en 1767 à Séville. En 1770, même procédé aux Pays-Bas et enfin dans les Cantons confédérés. En 1750, en reconnaissance de ses services éminents, il est anobli par Louis XV et prend le nom de Maritz de la Barollière. Très lié à son ami et protecteur Jean-Baptiste Vaquette de Gribeauval (1715-1789), inspecteur général de l’artillerie française, il est nommé en 1762 commissaire général des fonderies de l’artillerie, poste qu’il céda en 1763 à Jean-Baptiste de Dartein © pour prendre celui d’inspecteur général des fonderies du royaume jusqu’à sa retraite en 1773. Maritz est le rénovateur prestigieux à la fois de l’ancienne et proverbiale réputation de l’artillerie strasbourgeoise du XVIe siècle et, plus largement avec Gribeauval, de toute l’artillerie française qui resta ensuite la base fondamentale des succès militaires de la Révolution et de l’Empire. Son petit-neveu, Jean III (★ 1784 † 1839), fut directeur de la fonderie de Strasbourg de 1813 à 1839.

Archives départementales du Bas-Rhin, 38 J 105 ; Description des fêtes données à Strasbourg à l’arrivée de Sa Majesté le Roi Louis Quinzième, Strasbourg, 1744, pl. 15 ; Descharrières, Observations sur les anciennes fortifications de la ville de Strasbourg et sur les écoles d’artillerie en France, Strasbourg, [s.d. : début XIXe siècle] ; J.-B. de Dartein, Traité élémentaire sur les procédés en usage dans les fonderies pour la fabrication des bouches à feu d’artillerie et description des divers mécanismes qui y sont établis, Strasbourg, 1810 ; M. F. Schafroth, « Die Geschützgiesser Maritz. Geschichte einer Erfindung und einer Familie », Burgdorfer Jahrbuch, t. 20 (1953), t. 21 (1954), p. 111-139, ill., tabl. généal. (sur Jean II) et t. 22 (1955), p. 93-106, tabl. généal. P. Martin, « L’artillerie et la fonderie de canons de Strasbourg du XIVe au XVIIIe siècle », Revue d’Alsace, t. 104 (1966-1974), p. 30-39, 2 ill.

François-Jacques Himly (1995)