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LOUIS XI

Dauphin puis roi de France (★ Bourges 3.7.1423 † Plessis-lès-Tours 30.8.1483).

Fils de Charles VII (roi de 1422 à 1461) et de Marie d’Anjou : Un frère, Charles (1442-1472), cinq sœurs dont Radegonde († 1445), fiancée à Sigismond d’Autriche, landgrave de Haute-Alsace. ∞ I Marguerite d’Écosse (1436) ; ∞ II Charlotte de Savoie (1457); père d’Anne de Beaujeu (★ 1461), de Jeanne de France (★ 1463) et de Charles VIII (★ 1470, roi de 1483 à 1498. Écarté de la cour pendant son enfance, Louis se réconcilia avec son père après le complot de la Praguerie dont il avait été l’un des acteurs (1440). Après avoir pacifié la Normandie, puis le sud du royaume (1443, 1444), il fut placé à la tête de l’armée envoyée par Charles VII au secours du roi Frédéric III © en conflit avec les Confédérés suisses. Cette opération de guerre devait permettre d’éloigner les troupes sans emploi depuis la trêve franco-anglaise de Tours (avril 1444); elle renforçait les liens entre la France et la maison d’Autriche, alliées depuis 1430, et comblait les vœux de la noblesse de Haute-Alsace, impatiente de battre ses ennemis héréditaires. Les préparatifs, menés du côté alsacien par le chevalier Peter von Moersperg (Pierre de Morimont ©) et Jean de Montreux © se traduisirent par une première rencontre avec Louis, début août, à Jonvelle, près de Langres, puis par des discussions avec des émissaires français à Altkirch, afin de régler les modalités du logement des hommes de guerre français, avec 25 000 chevaux. Arrivé à Montbéliard le 19 août, le dauphin remonta à la rencontre des Confédérés suisses en faisant étape à Waldighoffen (23 août), où il passa la nuit à la veille de la bataille de Saint-Jacques sur la Birse (26 août 1444). Cette dernière, opposant le gros des troupes françaises guidées par la chevalerie sundgovienne, et une avant-garde de 2 500 (ou 1 500, selon les historiens) Confédérés qui assiégeait le château de la Farnsburg, eut lieu au sud de Bâle, près d’une vieille léproserie. A l’issue d’un terrible combat, les forces suisses se replièrent, laissant 4 000 Français sur le terrain. Impressionné par la combativité des ennemis et par l’ampleur de ses pertes, Louis ne poursuivit pas son avance et engagea des négociations (28 août-11 septembre) en vue d’un armistice (20 septembre) et d’une paix (28 octobre, avec les Suisses, 19. novembre avec Bâle). Dans l’intervalle, l’armée du dauphin (que Frédéric III n’avait pas payée) s’était disséminée du nord au sud de l’Alsace — son chef étant à Ensisheim depuis le 5 septembre, puis à Châtenois (3 octobre 1444) -, avec 27 000 chevaux répartis dans une quinzaine de garnisons, ravageant la plus grande partie du pays (sauf, au début, les terres autrichiennes, où elle apportait un soutien à la noblesse locale en lutte contre Bâle). D’après le chroniqueur Hartmann Schedel, Louis aurait affirmé qu’il voulait étendre les terres du royaume de France jusqu’au Rhin, « conformément à ce qui existait autrefois » : il est vraisemblable qu’il ait saisi l’occasion pour donner des preuves de ses capacités militaires et politiques. Ensisheim devint alors le centre d’une intense activité diplomatique, le pape accordant au dauphin le titre de gonfalonier de l’Église — Bâle abritait le concile réuni depuis 1431 -, tandis que le duc de Savoie espérait s’attacher son alliance et que des projets d’expédition en Italie étaient envisagés. L’idée d’une conquête de l’Alsace n’a rien d’invraisemblable, Louis apportant sa protection à la noblesse locale les Rappoltstein (Ribeaupierre, les Andlau) et prenant part personnellement à des opérations guerrières : blessé au siège de Dambach le 7 octobre — un carreau d’arbalète l’atteignit au genou —, il alla rejoindre son père à Nancy quelques jours plus tard, puis retourna à Ensisheim et Montbéliard (jusqu’en janvier, avant de retrouver la cour royale dans un climat de soumission et de passivité qui contraste avec les six mois précédents). L’occupation des « Écorcheurs » (Schinder, surnommés Armagnacs, du nom du parti du roi de France depuis le début du XVe siècle, avec un jeu de mot sur « arme Gecken », pauvres gueux) se poursuivit pendant l’automne et l’hiver, menaçant Strasbourg (qui procéda a son « premier recensement » — 16 000 habitants et 10 000 paysans réfugiés) et les villes (célèbre épisode de l’attaque manquée contre Guebwiller, suite à l’apparition de la Vierge et de saint Valentin, 14 février 1445). Les négociations menées par Frédéric III et les envoyés de Louis et de Charles VII à Trèves aboutirent (le 13 février 1445) à un accord prévoyant l’évacuation des soudards le 20 mars 1445. Toutefois, ce retrait s’effectua difficilement, avec des escarmouches, notamment dans le Val de Villé et le Val de Lièpvre (embuscades menées sous la conduite de Conrad Lang de Sélestat au lieu-dit « Geigerfelsen » (Geckerfelsen), le 17 mars 1445), prise du château de Zuckmantel, combats sur le Nonnenbruch). Demeurés à Montbéliard, les derniers Armagnacs menèrent encore de nombreux raids dans le sud de l’Alsace (au moinjusqu’à l’automne 1445). La présence de l’armée du dauphin fut ressentie comme traumatisme durable, non seulement par ses conséquences économiques, mais aussi par les clivages politiques qu’elle avait fait apparaître : défiance à l’égard de l’empereur, de la noblesse accusée de collaboration — et chassée de certaines villes, comme Mulhouse ou Bâle, haine irréductible des « welsches » (thème encore souvent invoqué au XVIe siècle, notamment par les choniqueurs, Berler ©, J.-J. Meyer, Specklin). Toutefois, devenu roi en 1461, Louis semble avoir conservé des projets politiques en direction du Rhin, aussi bien en prenant sous sa protection les terres de Jacob IV von Lichtenberg, en 1463, qu’en suscitant la Ligue de Constance contre le duc de Bourgogne en 1474, avec l’appui des Confédérés et des alliés de la Basse Union (villes impériales, Autriche, réconciliée avec les Suisses grâce à sa médiation etc.). Sa conquête de la Franche-Comté, à partir de 1477 fut ressentie comme une menace et donna lieu à une tension durable dont rend compte le chroniqueur Knebel (1479).

Chmel, Materialien zur österreichischen Geschichte, t. 1 et 2, Linz, 1832-1837 ; A. Tuetey, Les Écorcheurs sous Charles VII. Épisodes de l’histoire militaire de la France au XVe s., Montbéliard, 1874 ; X. Mossmann, « Matériaux pour servir à l’Histoire de l’Invasion des Armagnacs », Revue d’Alsace, 1875, p. 144-192, 416-432, 541-548 ; H. Witte, Die Armagnaken im Elsa?, Strasbourg, 1889 ; Ph. Mieg, « Les destinées de Mulhouse au lendemain de la Guerre des Armagnacs et les origines de son alliance avec les Suisses », Bulletin du Musée historique de Mulhouse, 1971, p. 57-164 ; P. M. Kendall, Louis XI, Paris, 1974 ; E. Gilomen-Schenkel, Henman Offenburg (1379-1459), Ein Basler Diplomat im Dienste der Stadt, des Konzils und des Reichs, Bâle, 1975 ; W. Baum, Sigmund der Münzreiche, Bozen, 1987 ; G. Bischoff, « Maximilien Ier et la Franche-Comté. Noblesse comtoise, noblesse alsacienne (1477-1495) », Publication du Centre européen d’études bourguignonnes, Bruxelles, 1992, p. 85-97 ; D. Heckmann, « Wirtschaftliche Auswirkungen des Armagnakenkrieges von 1444 bis 1445 auf die Deutschordensballeien Lothringen und Elsa?-Burgund », Zeitschrift für die Geschichte des Oberrheins, t. 140, 1992, p. 101-125.

Georges Bischoff (1995)