GERHARDT Charles Frédéric

Chimiste, pharmacien, professeur d’Université, (Pl) (? Strasbourg 21.8.1816 † Strasbourg 19.8.1856).

Fils de Samuel Gerhardt (? 1780 † 1847), fondé de pouvoirs à la banque de Turckheim, puis fabricant de céruse à Hangenbieten, et de Charlotte Henriette Weber (? 1785 † 1846), veuve de Philippe Jacques Lobstein, fille de Samuel Regnard Weber, receveur général des Hospices civils de Strasbourg, et de Catherine Salomé Wittmas. Petit-fils de Charles Gerhart, de Frankenthal, Palatinat, brasseur à Berne, Suisse, et d’Anne Gartscho. ? 22.5.1844 à Montpellier Jane Megget Sanders, fille de James Sanders, médecin à Edimbourg. Trois enfants, dont son biographe Charles Gerhardt, ingénieur, polytechnicien. Élève du Gymnase de sa ville natale, il fréquenta ensuite le Polytechnicum de Karlsruhe (1831-1833) où il se fit remarquer au cours de chimie et aux manipulations dans le laboratoire de Frédéric Walchner. Puis il devint élève de l’École de commerce de Leipzig (1833-1834) où il put travailler chez le chimiste Otto Erdmann. Il publia, avant l’âge de dix-huit ans, un mémoire Über die Formeln der Silikate qui attira l’attention du célèbre Liebig lors de sa publication dans le Journal der praktischen Chemie. Il revint en Alsace où il aurait dû s’intéresser à la fabrication de la céruse à l’usine paternelle. Le jeune Gerhardt restait cependant plus attiré par les spéculations de la science pure que par les applications pratiques de chimie industrielle et la gestion d’une entreprise. Il en résulta un désaccord avec son père. Cela le conduisit à s’engager au 13e régiment de Chasseurs à cheval de Haguenau. Tout aussi rapidement dégoûté de la vie militaire, il put se faire remplacer grâce à un prêt de Liebig, professeur de chimie à Giessen, qu’il rejoignit en 1836. Il travailla dans son laboratoire, en particulier sur l’acide picrique dont il donna la formule et traduisit les ouvrages de son maître. Après l’échec d’une nouvelle tentative de collaboration avec son père, il vint à Paris en 1838 suivre les cours de Dumas à la Sorbonne et au Collège de France, collabora au Répertoire de chimie de Gaultier de Claubry, acquit les baccalauréats ès-lettres et ès-sciences physiques. Il traduisit le Traité de chimie organique de Liebig et conquit en 1841 les diplômes de licencié ès sciences et celui de docteur avec une thèse sur l’hellénine en travaillant au laboratoire de Chevreul au Jardin des plantes. Chargé de cours à la faculté des Sciences de Montpellier en 1841 il fut déçu par les insuffisances du laboratoire. Néanmoins il travailla sur l’acide valérianique, l’acide salicylique, sur la classification chimique des substances organiques, sur la quinoléine. Nommé titulaire de la chaire, il se maria. Les conditions de travail ne lui convenant pas, il quitta Montpellier.

En 1844, afin d’avoir la possibilité d’accéder éventuellement à une chaire de pharmacie, il se présenta, après autorisation ministérielle, devant l’école de Pharmacie de Strasbourg pour y subir les examens nécessaires à l’obtention du grade de pharmacien. A cette occasion ii soutint une thèse sur la génération de l’éther. Auguste Laurent, professeur à la faculté des Sciences de Bordeaux, l’incita à demander un congé et à venir à Paris. Gerhardt y fut étroitement mêlé aux événements de 1848-1849. Ardent républicain, il crut naïvement l’heure venue pour tenter d’obtenir une place en dénonçant les cumulards. Candidat à la députation en Alsace sur une liste où fut élu Émile Kopp ©, son ami, professeur de toxicologie et de physique à l’école de Pharmacie de Strasbourg, il vit ses espérances déçues après les troubles de juin 1849 qui favorisèrent Dumas, que Gerhardt avait imprudemment humilié en mars 1848. Ayant perdu l’espoir d’être nommé à Paris, il fonda une École de chimie pratique, 29 rue Monsieur-le-Prince. Ses convictions républicaines lui furent fatales, surtout après le coup d’État du 2 décembre 1851 : il n’obtint pas la prolongation de son congé et démissionna de la chaire de Montpellier. En 1853, le premier fascicule de son Traité de chimie organique reçut un accueil flatteur, surtout à l’étranger. C’est ainsi qu’on lui offrit une chaire de chimie à l’École Polytechnique de Zurich. Ne voulant en aucun cas quitter la France, il accepta finalement deux chaires de chimie à Strasbourg, l’une à la faculté
des Sciences, libre par suite du départ de Pasteur ©, l’autre à l’école de Pharmacie où Loir dut lui céder sa place. Il abandonna d’autant plus facilement son école privée à Émile Kopp que cette entreprise ne lui avait pas rapporté les ressources escomptées. Nommé par arrêté du 25 janvier 1855, il fut élu membre correspondant de l’Institut le 21 avril 1856. Il décéda subitement, laissant sa veuve et ses trois enfants en bas âge sans fortune. Thénard leur vint en aide par la fondation de la Société de secours des amis des sciences. On a dit de Gerhardt, qu’en collaboration avec Laurent, il a transformé la chimie en adoptant l’hydrogène comme unité dans les combinaisons, qu’il a créé un système unitaire de notation et qu’il a édifié la théorie atomique. Esprit généralisateur et synthétique (Haller), il utilisa systématiquement les équations en chimie, décrivit les séries formées par des corps homologues, caractérisés tout autant par la progression régulière des atomes de carbone et d’hydrogène que par la similitude des réactions. Il découvrit les anilides, les uréides, le chef de file des chlorures d’acides, les anhydrides surtout. Dans la liste des substances organiques isolées en 1852 on trouve : l’acide salicylique anhydre et l’acide acétylosalicylique anhydre, un composé fugace qui se transforme rapidement en acide acétylsalicylique, corps qui n’est autre chose que l’aspirine. D’une façon générale, on peut dire que Gerhardt a forgé les clefs qui donnent accès à d’innombrables médicaments et que l’aspirine en est un (Duquénois). Plaque commémorative sur sa maison natale, au n° 40 rue du Vieux-Marché-aux-Poissons, inaugurée le 3 novembre 1956. Médaillon de marbre blanc par Hippolyte Maindron, élève de David d’Angers sur la façade de la faculté de Pharmacie de Paris, avenue de l’Observatoire. Obélisque en granit d’Écosse sur sa tombe au cimetière Sainte-Hélène à Strasbourg. Médaillon de bronze de M. Ebstein à l’Institut de chimie de la faculté des Sciences de Strasbourg, inauguré par Albin Haller, de l’Académie des sciences, le 5 juillet 1921. Portrait en bronze par Albert Schultz à la faculté de Pharmacie de Strasbourg. Fondation Gerhardt à la faculté des Sciences et Fondation Gerhardt, avec prix, à la faculté de Pharmacie de Strasbourg.

On peut citer de lui : Recherches sur l’hellénine, thèse de doctorat es-sciences, 1841 ; Précis de chimie organique, 1844-1845 ; Sur la génération de l’éther, thèse de pharmacie, 1844 ; Traité de chimie organique 1853-1856 ; Précis d’analyse chimique qualitative, 1855 ; Nombreux mémoires principalement dans les comptes rendus de l’Académie des sciences et nombreuses traductions d’ouvrages allemands. Gerhardt était parfaitement trilingue.

Archives municipales de Strasbourg, Archives départementales du Bas-Rhin, Série T, enseignement supérieur, 595 ; G. Chancel, C.F. Gerhardt, sa vie, ses travaux, Montpellier, 1857 ; Berger-Levrault, Annales des professeurs des académies et universités alsaciennes 1523-1871, Nancy, 1890, p. 86 ; J. E, Gerock, « Aspirin », Journal de pharmacie d’Alsace-Lorraine, 1900, p. 147-149 ; E. Grimaux et Ch. Gerhardt, Charles Gerhardt, sa vie, son œuvre, sa correspondance, 1816-1856, Paris, 1900 ; Sitzmann, Dictionnaire de biographie des hommes célèbres de l’Alsace, Rixheim, t. 1, 1909, p. 592 ; Discours d’Albin Haller, membre de l’Académie des sciences à l’inauguration de la fondation et du médaillon C. Gerhardt à l’Université de Strasbourg le 5 juillet 1927 (Bibliothèque municipale de Strasbourg) ; J.-E. Gerock, « L’œuvre de C. Gerhardt », Journal de pharmacie d’Alsace-Lorraine, 1921, p. 21-36 ; idem, « La fondation Gerhardt de la Faculté de pharmacie de Strasbourg », Journal de pharmacie d’Alsace-Lorraine, 1923, p. 11-12 ; P. Duquénois, « C. Gerhardt », Figures pharmaceutiques françaises, notes historiques et portraits, Paris, 1953 ; Neue Deutsche Biographie, VI, 1964, p. 282 ; R. Weitz, « Gerhardt et l’aspirine », Revue d’Histoire de la pharmacie, septembre 1966, p. 247-248 ; G. Dillemann, « Acide acétylosalicyque et l’aspirine », Revue d’histoire de la pharmacie, juin 1977, p. 99-105 ; Dictionnaire de biographie française, XV, 1982, 1292 ; Encyclopédie de l’Alsace, VI, 1984, p. 3253.

Portraits : photographie, Grimaux-Gerhardt ; la même in Festgabe den Theilnehmern an der 26. Jahresversammlung des deutschen Apothekervereins in Strassburg August 1897, Strassburg, 1897, p. 142 ; bois gravé de G. Prost, Figures pharmaceutiques françaises. Notes historiques et portraits 1803-1953, Masson éd., Paris, 1953, p. 125.

Pierre Bachoffner (1988)