CAHEN Claude

Historien, membre de l’Institut (★ Paris 6e 26.2.1909 d. Savigny-sur-Orge, Essonne 18.11.1991).

Fils de Louis Cahen, ingénieur en chef des PTT, et de Geneviève Lévy. ∞ à Paris 9.9.1948 Paulette Olivier, institutrice († 27.12.1992); 6 enfants. Études au lycée Louis-le-Grand, à l’École normale supérieure (1928-1932) et à l’École nationale des langues orientales vivantes. Diplômé d’arabe (1931), agrégé d’histoire et de géographie (1932). Cahen fut professeur au lycée d’Amiens (1933), puis pensionnaire de la Fondation Thiers (1933-36) avant de partir en mission en Turquie (1936-1937). À son retour, il enseigna au lycée de Rouen et fut chargé d’un cours d’histoire de l’Orient musulman aux Langues Orientales.  Il finit sa thèse dans les derniers mois de 1939. Mobilisé comme officier le 15.4.1940, prisonnier de guerre en Prusse orientale de 1940 à 1945. À son retour, il fut chargé de cours (1945-1948), puis professeur (1948-1959) d’histoire du Moyen Age oriental à la faculté des Lettres de Strasbourg, tout en reprenant son cours aux « Langues O. ». En 1957, il fut co-fondateur du Journal of the Economie and Social History of the Orient, publié à Leyde. De 1959 à 1979, il fut professeur à la Sorbonne, puis à Paris I et III.

Matérialiste et athée, il disait qu’il n’avait de juif que le nom, et refusa toute sa vie de s’associer à ceux qui revendiquaient ou acceptaient la mention d’une origine juive. Il avait adhéré fin 1939 au Parti communiste déclaré illégal. Son activité politique se déroula entièrement à Strasbourg, au sein de la cellule universitaire. En 1947, il mit sur pied la section de l’Union des Intellectuels, qui organisa pendant plusieurs années des conférences et des débats publics en direction des enseignants et des ingénieurs, pour la paix, « contre les armes bactériologiques utilisées par les Américains en Corée en 1952 », pour la défense des époux Rosenberg en 1953. Sa principale préoccupation fut en effet la réflexion sur la place des intellectuels et en particulier sur celle des historiens dans la société. Durant sa captivité, il donna des conférences d’histoire, de mémoire, et élabora ses idées « pour la science de l’histoire ». À son retour, il lança le débat, interne au parti, sur le travail de l’historien marxiste. Modeste et réservé à l’excès, pratiquant une « histoire sans paillettes », selon l’expression de son ami Maxime Rodinson, il ne fut pas connu du grand public. Son œuvre scientifique fut toutefois marquante à un niveau international. Il combattit vivement ceux qui figeaient l’histoire tant dans une opposition stérile entre l’Orient et l’Occident que dans un prétendu immobilisme asiatique. Ses travaux originaux sur l’histoire économique médiévale renouvelèrent le champ des études musulmanes. De la même façon, soucieux de rigueur et opposé au dogmatisme, il prit position, à l’intérieur du parti, contre les théories de Lyssenko, ou encore défendit le programme pédagogique de C. Freinet. Il ne reprit pas sa carte du parti à son arrivée à la Sorbonne, à la rentrée de 1969, considérant que la bureaucratie politique du parti étouffait toute tentative de faire évoluer le rôle des intellectuels. Il n’eut plus d’activité politique mais manifesta à plusieurs reprises son soutien à la cause de la paix en Palestine. Élu à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres en 1971. Président de la Société asiatique. Chevalier de la Légion d’Honneur.

La Syrie du Nord à l’époque des Croisades et la principauté franque d’Antioche, thèse, Paris, 1940; « Pour la science de l’histoire », La Pensée, n° 8, Paris, juillet-septembre 1946, p. 36-50; L’Islam des origines au début de l’Empire ottoman, Paris, 1970; « L’histoire économique et sociale de l’Orient musulman médi »éval, Studia Islamica, fasc. 3, 1955, p. 93-115, repris dans Les peuples musulmans dans l’histoire médiévale, Damas 1977, p. 210-229; Orient et Occident au temps des Croisades, Paris, 1983; La Turquie préottomane, Istanbul, 1988.

Archives départementales du Bas-Rhin : 544D40, 544D41 ; Who’s Who in France, XXe siècle, 1900-2000, Levallois-Perret, 2001 ; Itinéraires d’orient, Hommages à Claude Cahen, Michel Cahen (dir.), Des orientales, volume VI, 1994, p. 385-442; « La mort de Claude Cahen. L’histoire sans paillettes », Le Monde du 22 11.1991, notice nécrologique par Maxime Rodinson; « Claude Cahen, 1909-1991», Cahiers d’études sur la Méditerranée orientale et le monde turco-iranien, n° 13, 1992, p. 194-196

Françoise Olivier-Utard (2004)