BOURGOGNE (Catherine de)

Duchesse d’Autriche, régente du landgraviat de Haute-Alsace (★ mai 1379 † Gray 26.1.1426).

Fille de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne (★ 1342 † 1404), fils de Jean le Bon, roi de France, et de Marguerite de Flandre († 1405) ; frère : Jean sans Peur, duc de Bourgogne (1371-1419). ∞ Léopold IV le Superbe, duc d’Autriche († 1411). Scellé par le mariage de Catherine et du duc Léopold IV (septembre 1393), le rapprochement de la maison d’Autriche et des Valois marqua le début d’une poussée bourguignonne dans la vallée du Rhin. Grâce à sa dot et à l’appui de son frère, Catherine parvint à rembourser les dettes de son mari et à relever les domaines autrichiens lourdement frappés par le désastre de Sempach (1386). A partir de 1406, C. de Bourgogne gouverna personnellement ce qui devait devenir l’Autriche antérieure ; Léopold résidait généralement à Vienne ou au Tyrol. En 1408, elle acquit la seigneurie de Badenweiler, sur la rive droite du Rhin. Sa politique semble avoir été directement inspirée par Jean sans Peur et s’appuie tout aussi bien sur la noblesse locale, fort indocile, que sur des villes disciplinées et sur une administration rigoureuse. À plusieurs reprises, C. de Bourgogne ramena à l’ordre des vassaux insoumis et fit la guerre à leurs alliés : c’est ainsi qu’elle dut faire face à la révolte des comtes de Tierstein (1407) et qu’elle repoussa des incursions bâloises (1409). En 1409, elle envoya des renforts à son frère en lutte contre le comte de Blamont. En s’attachant à une meilleure gestion des finances domaniales, elle jeta les fondations des états provinciaux qui se développèrent surtout un quart de siècle plus tard : le premier impôt commun levé après consultation des villes et des bailliages remonte à 1404. Sa politique urbaine se traduisit par l’octroi de nouvelles franchises à Belfort, Thann, Ferrette, Altkirch, Masevaux, Ensisheim notamment. Dans le domaine religieux, la duchesse inaugura la réforme dominicaine (Schoenensteinbach, 1397) et pratiqua un large mécénat (chœur de la collégiale de Thann). Toutefois, à la mort de son mari (1411), C. de Bourgogne fut confrontée à son beau-frère Frédéric IV qui la confina sur la rive gauche du Rhin (landgraviat de Haute-Alsace : traité de Bâle du 10.8.1411) et qui excita contre elle la noblesse du pays. Ses fiançailles avec Maximin de Ribeaupierre l’impliquèrent encore davantage dans les rivalités locales. Elle entreprit le siège de la ville forte de Kientzheim, qui dépendait du comte de Lupfen et dut combattre le soulèvement de ses vassaux Jean de Flaxlanden, Rodolphe de Neuenstein et Henri Zu Rhein (1411-1412). Croyant le moment venu, Frédéric IV déclencha les hostilités en décembre 1414 et contraignit C. de Bourgogne à l’exil. La tutelle bourguignonne parut donc compromise lorsque Jean sans Peur intervint à son tour, avec l’aide de l’évêque de Bâle : le duc d’Autriche qui avait soutenu l’anti-pape Jean XXIII fut mis au ban de l’Empire et ses terres furent placées sous séquestre (1415). C. de Bourgogne resta maîtresse du Rosemont et de Belfort, qui furent pratiquement annexés à la Bourgogne. La situation se clarifia après l’assassinat de Jean sans Peur (1419). À l’issue de laborieuses négociations, Frédéric IV, qui avait recouvré ses territoires (1418) accepta de rétablir Catherine dans ses droits effectifs : par le traité de Bâle (12.3.1423), la duchesse retrouva le landgraviat de Haute-Alsace, à titre viager, mais n’exerça plus de suzeraineté complète. Sa restauration était soumise au bon vouloir de la noblesse : il lui fut interdit de faire appel à des soldats ou à des officiers étrangers. Les incursions bourguignonnes du prince de Chalon-Arlay (1424) et de Thiébaut de Neuchâtel (1426) furent vigoureusement repoussées ; les relations entre la duchesse et Maximin de Ribeaupierre étaient rompues depuis quelques années. Décédée lors d’un voyage en Bourgogne, de Bourgogne fut inhumée à la chartreuse de Champmol. Le contentieux suscité par sa régence devait alimenter les ambitions des ducs jusqu’à la mort de Charles le Téméraire, son petit-neveu, en 1477.

L. Stouff, Comptes du domaine de Catherine de Bourgogne… la Haute Alsace 1424-1426, Paris, 1908 ; L. Stouff, Le livre des fiefs mouvants de l’Autriche sous Catherine de Bourgogne (v. 1423), Paris, 1910 ; L. Stouff, Catherine de Bourgogne et la féodalité de l’Alsace autrichienne, Paris 2 vol., 1911 ; L. Sittler, Un seigneur alsacien de la fin du Moyen âge ; Maximin Ier de Ribeaupierre, Strasbourg, 1933 ; O. Stolz, « Der territoriale Besitzstand des Herzogs Friedrich IV. von österreich im Oberrheingebiete (1404-1439) », Zeitschrift für die Geschichte des Oberrheins, NF 55, 1942, p. 30-50 ; W. Maleczeck, « österreich, Frankreich, Burgund. Zur Westpolitik Herzog Friedrichs IV. in der Zeit von, 1430 bis 1439 », Mitteilungen des österreichischen Instituts für Geschichte, t. 79 (1971), p. 111-155 ; G. Bischoff, « L’Alsace, la Franche-Comté et la maison d’Autriche, Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse, 4, 1981, p. 33-40 ; Chr. Wild-Block, » Les vitraux du chœur de la collégiale Saint-Thiébaut à Thann », Congrès archéologique de France, Haute-Alsace, Paris, 1982, p. 222-229 ; G. Bischoff, Gouvernés et gouvernants en Haute-Alsace à l’époque autrichienne, Strasbourg, 1982. – Portrait : Marquart Herrgott, Monumenta aug. domus austriacae, Sankt Blasien, 1773, t. III.

Georges Bischoff (1984)