SPIELMANN Laurent, Jean-Marc

Directeur d’institution culturelle (*16.5.1953, Strasbourg).

Fils de Isidore S., affineur de métaux, et de Anna Alter, chimiste, 1 frère (S. Alain) ©, 1 sœur. ¥ I Strasbourg 30.3.1980, Antoinette von Joest (*6.11.1952, Bonn), 2 fils ; ¥ II Strasbourg, 4.6.1999, Catherine Champy (*24.6.1956, Strasbourg), 1 fils.

Après une scolarité incomplète à Strasbourg, il décide alors de changer d’horizon et s’installe pour un  an (1971-1972) en Israël, d’abord au kibboutz Bar-Am, puis fréquente pour 3 mois le Lycée français de Nataniya, avant de passer le baccalauréat à l’ambassade de France à Tel-Aviv.

De retour en France, il passe tout d’abord un an à Paris où il tient une librairie-presse sur les Champs-Elysées, avant d’entreprendre des études de musicologie à Strasbourg à partir de 1974. Son intuition de la musique perçue comme langage universel, sa pratique du piano, du jazz et de la musique contemporaine, ont conduit L.S. à se distancier de l’enseignement musicologique universitaire, qu’il quitte au bout de presque deux ans.

Pour vivre, il travaille à mi-temps à « L’Oreille d’or » (magasin de disques), activité qu’il interrompt en 1977 pour raison de maladie, puis abandonne, tout en assurant néanmoins un certain nombre d’interventions musicales. Mais les circonstances familiales obligent L.S. pendant la même année 1977 à prendre la direction de l’entreprise paternelle et de s’initier au métier d’affineur de métaux, activité qu’il poursuit pendant 4 ans, jusqu’en 1980. Il dira de cette période de sa vie, qu’il a appris à distinguer l’intellectuel du manuel, c’est-à-dire distinguer la capacité de lire entre les choses d’avec l’art de les « manipuler », ou encore de manière plus aphoristique, il a été obligé de « panser » (sic).

Quoi qu’il en soit, L.S. continue pendant ce temps à faire des concerts, surtout avec son groupe « Bises de Buses », notamment à Reims, Bonn, Luxembourg, Colmar, Strasbourg, tout en participant au festival de Bourg-Bruche, de 1977 à 1983. A cette même époque, de 1980 à 1982, il travaille au Maillon à Strasbourg avec Bernard Jenny, où il organise des concerts permettant d’accueillir parmi beaucoup d’autres Xenakis, Stockhausen et Pierre Henry. A la même période, il fait de surcroît de l’accompagnement de chœurs dits « méchants », tels que « Piotr et Kos », à Nancy, Poitiers, Reims. Il rejoint ensuite Laurent Bayle, le fondateur de Musica, et en 1983, ce sera le premier festival Musica organisé par L.S., avant de devenir lui-même le directeur de cette institution en 1986, avec le souci de séduire le public plutôt que d’imposer un style.

Pendant cette même période, en externe, L.S. soigne ses relations avec les personnalités qui comptent, notamment Marcel Rudlof © et Catherine Trautmann ©, successivement maires de Strasbourg, Daniel Hoeffel, président du Conseil général du Bas-Rhin ©, Adrien Zeller, président de la Région Alsace ©, et Germain Muller, le célèbre cabarettiste ©. En 1988, s’intercalent les festivités du bimillénaire de Strasbourg où L.S. réussit à faire jouer l’opéra-polémique de Bernd Aloïs Zimmermann (1918-1970), « Die Soldaten », d’après le drame du même nom (1776) du poète allemand Jacob Michael Reinhold Lenz (issu du « Sturm und Drang », qui devient ami de Goethe à Strasbourg), le tout avec un financement de la Ville de Stuttgart, du Land de Baden-Württemberg, de la Ville de Strasbourg et de l’Etat.

En 1991 L.S. devient directeur de l’Opéra du Rhin qui, sous sa direction, va connaître un grand essor. Sous son impulsion, l’Opéra du Rhin devient opéra national, grâce au soutien du ministre de la Culture Jean-Jacques Aillagon. Ce nouveau statut permettra un fort développement du nombre de ses représentations et de son rayonnement auprès du public. Il faut retenir notamment le cycle consacré à Gluck (1714-1787) et « Prova d’Orchestra » de Giorgio  Battistelli (*1953). Désireux de monter des œuvres ayant marqué la seconde partie du 20e s. » il a programmé « Jakob Lenz » de Wolfgang Rihm (*1952), sorte de radiographie de la schizophrénie, « Il Prigioniero » de Luigi Dallapiccola (1904-1975), opéra en un acte, le « Satyricon » de Bruno Maderna (1920-1973),  avant de faire venir Georges Aperghis (*1945) au Zénith avec « Avis de tempête », qui relève plutôt des pièces de théâtre musical, s’efforçant ainsi de rendre compte de l’ensemble d’un patrimoine, tout en satisfaisant les appétits du public.

Pendant quelques années, L.S. accompagna J.-.J. Aillagon à la mission interministérielle pour les célébrations de l’an 2000.

En 2001, L.S. est nommé directeur général de l’Opéra de Nancy et de Lorraine. Grâce au maire André Rossinot, et son adjoint à la culture, Laurent Hénart, il obtient le label national pour cet opéra, à partir du 1er janvier 2006. Parmi ses productions, il y a lieu de relever « La ville morte » de Erich Korngold (2010), « Divorce à l’italienne » de Giorgio Battistelli (2008)  et « Artaserse » de Leonardo Vinci (1696-1730), avec Philippe Jaroussky dans le rôle-titre (2012).

Parallèlement, L.S. s’est aussi fait connaître par ses capacités à nouer des liens avec d’autres institutions, telles que le théâtre de la Manufacture, le musée des Beaux-arts, les ballets de Nancy, sa volonté de faire de Nancy une ville ouverte, traduisant ainsi son penchant à préférer la marge au centre, de voyager sur les périphéries et de faire confiance aux gens qu’il fait travailler, sans jamais s’immiscer dans les projets artistiques.

L.S. a été créé chevalier, puis officier des Arts et des Lettres par le ministre de la Culture Jack Lang en 1986 et 1992. Il a été élevé au grade de chevalier de la Légion d’Honneur le 5 avril 2006 par le ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres, qui a aussi prononcé la laudation.

 

 

Théo Trautmann (novembre 2014)

 

Sources :

Forum Opéra, 2 février 2006, « Entretien avec Laurent Spielmann » ; Guide-annuaire du spectacle vivant, 2002-2003.