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PREISS Théodore (dit Theo, pseudonyme sous l’occupation nazie: Th. PRAT)

Pasteur et théologien, (P) (★ Mulhouse 11.11.1910 Montpellier 7.8.1949).

Fils de Georges Preiss, instituteur, puis directeur de l’Institut protestant pour aveugles d’Illzach, et de Julie Weber. ∞ 16.7.1948 Colette Oechsner de Coninck, fille d’un missionnaire ; 1 fils. Après la mort prématurée de son mari, elle est devenue bibliothécaire de la faculté de Théologie protestante de Montpellier. Études secondaires au lycée de Mulhouse, Preiss semblait se destiner à une carrière scientifique. Mais sous l’influence du milieu familial (un frère, Georges, devint pasteur-missionnaire en Polynésie), des mouvements de jeunesse, en particulier de la « Fédé » (Fédération française des associations chrétiennes d’étudiants), il se décida pour des études théologiques à la faculté de Théologie protestante de Strasbourg, où il fut marqué par l’influence d’O. Cullmann ©, mais aussi par la lecture de Karl Barth, de Kierkegaard, de Husserl etc… En 1934, il soutint avec succès sa thèse de baccalauréat (aujourd’hui mémoire de maîtrise) sur un sujet théologico-philosophique: Durée et vie religieuse. Par la suite, il devait souvent revenir sur la question des rapports du temps et de l’éternité, reprochant à Karl Barth d’avoir sur ce point une conception plus néo-platonicienne que chrétienne. Son service militaire accompli dans l’artillerie, il revint à Strasbourg où il fut nommé par le chapitre Saint-Thomas, directeur du Séminaire des étudiants (dit « le Stift ») où il se trouvait, de fait, associé à l’enseignement  de la faculté, soit par des répétitions dans l’apprentissage des langues bibliques, soit par les nombreux entretiens qu’il avait avec ses étudiants. En même temps, il prépara ses examens de licence (aujourd’hui DEA), sans avoir le temps de rédiger et de soutenir ce qu’on appelait alors la thèse de licence, qui équivalait à la « petite » thèse du doctorat d’État. En effet, la Deuxième Guerre mondiale l’en empêcha. Pourtant peu de temps avant qu’elle n’éclatât, Preiss dont quelques articles de revue avaient déjà établi la notoriété, reçut un double appel: celui de la faculté de Théologie protestante de Montpellier qui lui demandait d’assurer l’enseignement du Nouveau Testament et celui de la Fédération universelle des associations chrétiennes d’étudiants (FUACE) qui éprouvait le besoin d’être guidée par un théologien authentique, après le départ de W. A. Visser’t Hoeft, nommé secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises (COE) alors en formation. Preiss était tenté par les deux appels qui tous deux correspondaient à sa vocation profonde. Une solution fut trouvée par les deux institutions qui décidèrent d’employer Preiss chacune à mi-temps. Mais cette solution — sans doute boiteuse — ne put se réaliser en raison de l’éclatement de la Seconde Guerre mondiale. Mobilisé, Preiss, fait prisonnier en 1940, mais libéré en tant qu’Alsacien, fut nommé pasteur à Guebwiller. Mais bien qu’il fût très attaché à son ministère, il savait que son devoir était de rejoindre son poste à Montpellier. Il s’évada en 1942 et, à travers la Suisse, put gagner Montpellier. Malgré les circonstances aussi défavorables que possible, malgré les privations qui contribuèrent à ébranler sa santé, Preiss put former à l’exégèse et à l’interprétation du Nouveau Testament des étudiants enthousiastes. Son enseignement était surtout orienté vers la christologie johannique. En même temps, il prit une part active à la Résistance. Atteint de tuberculose rénale, il n’eut pas le temps de donner toute sa mesure.

Nombreux articles dans des revues, en particulier dans les Études théologiques et religieuses de la faculté de Montpellier. Toutes ses études devaient être réunies après sa mort dans un important volume: La Vie en Christ (Neuchâtel et Paris, 1951). Lui-même avait publié un précieux cahier, à la fois exégétique et dogmatique, Le témoignage Intérieur du Saint-Esprit (Neuchâtel et Paris, 1946). Grâce à ses manuscrits complétés par les notes scrupuleusement prises par son étudiant Alain Blancy, Colette Preiss assistée par le professeur W. Vischer, put réaliser sous forme de cahiers de la revue Études théologiques et religieuses deux pièces importantes de sa future thèse : Le Fils de l’Homme (Montpellier, 1951) et le Fils de l’Homme dans le 4e Évangile (Montpellier, 1953). Ces deux ouvrages permettent d’apercevoir toute l’originalité de l’œuvre qui aurait été celle de Preiss.

Bopp, Die evangelischen Geistlichen in Elsass-Lothringen, 1959, n° 4042, p. 420; Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, L’Alsace, sous la dir. de B. Vogler, Paris, 1987, p. 345-347 ; Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, V: Les protestants, Paris, 1993.

Roger Mehl (1997)