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NIEDBRUCK Johann Bruno von

(Nidepontanus, Neidtbruck, Nitbruck, Nyd(e)bruck, Jean du Pont de Nied (Dupont!), Jehan de Pontigny, Johann Braun von Metz, Brunonius, John Pannybrowke, doctor Hans von Metz, Doctor Hannonius Metensis, maître Jehan de Metz, etc.), médecin et diplomate, (C,puis P, à la fin C) (★ Metz (?) au plus tard 1495 † Calw, Wurtemberg, 1558). Ascendance imparfaitement connue —l’hypothèse qu’il aurait été un bâtard des comtes de Nassau-Sarrebruck ©, repose sur une erreur d’interprétation. ∞ ? peu avant 1520 Yolande de Rosnay; plusieurs enfants: Johannes (Hans) Bruno von Niedbruck, 1543/1544 étudiant à Orléans, 1550 bailli à Siersberg, Saar, ∞ Jeannette de Cuygnon (I, Cicignon?); Philipp, 1543/1544 étudiant à Orléans, ∞ 1546 à Strasbourg Ursula, fille du constofler Alexius Büchsner, 1559 capitaine lorrain à Boulay, Moselle, puis bailli lorrain à Schaumberg, Saar; Catharina, ∞ l’écuyer messin Michel Soultain; Juliana, ∞ 1554 à Hornberg, Bade, le baron Franz Friedrich von Moersberg/Morimont ©; Yolanda, ∞ 1546 à Strasbourg l’historiographe Johann Philippi de Schleiden, dit Sleidan(us) ©. Niedbruck fut aussi l’oncle du diplomate érudit Caspar von Niedbruck (ca. 1525-1557). Issu d’une famille possessionnée dans la région de Boulay à la frontière des langues thioise et romane, qui tenait son nom d’un château avec pont douanier près du confluent des deux Nied aussi appelé Pontigny, Niedbruck fit des études couronnées par le doctorat en médecine, sans qu’on sache à quelles écoles et universités. Le 6 juin 1520 il fut nommé médecin de la ville de Metz, succédant ainsi au remuant humaniste Heinrich Cornélius Agrippa, avec lequel il resta en rapport jusqu’en 1534. Dans le domaine médical on n’a de Niedbruck qu’une publication de 1529 sur la suette anglaise qui ravageait alors l’Europe: Sudoris anglici exicialis pestiferique morbi ratio, praeservatio et cura…, parue chez l’imprimeur strasbourgeois Joh. Knoblochle Jeune © en 1529; il écrivit ce traité en collaboration avec son confrère Laurent Fries ©, sur la demande de l’évêque de Strasbourg Guillaume de Honstein ©. Cette maladie épidémique, qui tirait sa dénomination du fait de son apparition en Angleterre à partir de 1486 et qui était suivie d’une mortalité considérable, venait en effet d’être importée sur le continent en automne 1529. Fries a aussi laissé un témoignage des conceptions doctrinales de Niedbruck dans sa Defensio medicorum principis Avicennae ad Germaniae medicos, (Strasbourg, 1530), en le signalant parmi les fidèles de l’arabisme à une époque où s’installait la prévalence d’Hippocrate et de Galien. Mieux connue que ses soins médicaux auprès de personnages princiers (duc de Lorraine, comtes de Nassau-Sarrebruck), de prélats, de nobles et de bourgeois fortunés, est son activité de diplomate. Ambitieux et très intéressé, il en imposait par sa prestance physique et intellectuelle et par son habileté politique. Dès juin 1521, à côté de sa fonction médicale urbaine, il fut engagé par le Magistrat de Metz, alors cité impériale, comme «conseiller, orateur, avocat et pensionnaire». Il fut ainsi chargé, à partir de la Toussaint 1521, presque sans interruption jusqu’au printemps 1545, de représenter, seul ou avec d’autres délégués, la ville aux assemblées des villes libres, aux réunions du cercle rhénan et aux diètes d’Empire. Mais, bien qu’anobli en 1534 pour sa personne et en 1541 pour sa descendance, il se trouvait à Metz dans une position délicate, tant en matière de politique locale, que surtout dans le domaine religieux. En effet, peut-être sous l’influence d’Agrippa, Niedbruck semble être devenu très tôt un adepte de certaines des idées de Luther, tout en se gardant d’en faire montre dans cette cité si fermement attachée à la foi catholique romaine. Cette attitude denicodémite, pouvant facilement se réclamer d’un humanisme réformiste «moyenneur», devait permettre à la minorité protestante messine d’obtenir la permission officielle de son culte et entraîner Niedbruck de plus en plus dans le camp politique protestant européen. De là, en partie, dès 1535 au moins, son entrée au service de François Ier comme agent de renseignement dans la lutte contre les Habsbourg, tout en gardant ses fonctions municipales. De là ses relations avec le comte luthérien Guillaume de Furstemberg ©, qui le fit entrer en 1539 au service de la Ligue protestante de Smalcalde comme agent diplomatique, auprès de laquelle il plaida, en vain, au début de 1543, la cause des évangéliques messins bannis de leur ville. Mais vu l’échec des tentatives en faveur des protestants messins, Niedbruck qui s’y était trop engagé, jugea prudent de s’effacer un peu: sans renoncer à son bel hôtel à Metz, ni à la pension de cette ville, il élit domicile à Strasbourg en avril 1543, y acquit le droit de bourgeoisie et entra au service du Magistrat strasbourgeois. Comme tel il fut envoyé avec Jean Sturm © et Jean Sleidan © en automne/hiver 1545 par la Ligue de Smalcalde auprès des rois de France et d’Angleterre, mais sans succès; si ce n’est qu’il put se faire engager par Henri VIII comme agent diplomatique.Mais ses démarches contre la politique de Charles Quint n’échappèrent pas aux agents de celui-ci, de sorte que la ville de Strasbourg eut toutes les peines pour l’inclure dans la convention par laquelle elle faisait sa paix avec l’empereur. En 1548 il habitait de nouveau à Metz, toujours pensionnaire de cette cité, mais soupçonné de pactiser avec les Français.
Ni
Encore fin mars 1552 celle-ci l’envoya en Lorraine et à Strasbourg pour recruter des mercenaires, mais c’était trop tard: le 10 avril 1552 elle ouvrait ses portes au connétable de Montmorency. On ne sait pas comment Niedbruck prit la chose: un fait est sûr, c’est qu’au début d’octobre 1552 il fut dépêché par le comte Johann de Nassau-Sarrebruck auprès du margrave Albrecht Alcibiades de Brandebourg, qui campait avec ses mercenaires en Lorraine au service des Français, et réussit à convaincre celui-ci de se rallier à l’empereur qui, grâce aux troupes du condottiere, put compléter l’encerclement de Metz et commencer le siège en règle dont on connaît l’échec. À partir de 1553 Niedbruck résida le plus souvent à Hornberg en Forêt-Noire, siège d’un petit bailliage wurtembergeois, où plusieurs revers de fortune vinrent assombrir le soir de sa vie: en juin 1553 la mort du roi Édouard VI le priva de son poste d’agent anglais; au mois d’octobre suivant ce fut la mort de sa plus jeune fille Yola, qui laissait à son mari Jean Sleidan, resté veuf, la charge de trois orphelines en bas-âge, dont leur grand-mère maternelle refusa de s’occuper à Strasbourg, d’où mésentente croissante avec Sleidan, aussi au sujet de la publication des Commentarii et du mariage de Juliana. En juin 1555 Niedbruck fut victime d’un coup d’apoplexie dont il réchappa, mais resta probablement hémiplégique. En octobre 1556 ce fut la mort de Sleidan, et l’année d’après celle, prématurée, de son neveu Caspar. En 1558 il s’éteignit à son tour, à Calw près de Hornberg (selon Illmer) et mourut catholique (d’après H. Tribout de Morembert).
Niedbruck co-auteur de Sudoris anglici… cura, Joanne Nidepontano et Laurentio Frisio, indytae ciuitatis Metensis medicis autoribus, praecipiti calamo conscripta. In aedibus lo. Knoblochii iunioris Argentorat., anno MDXXIX, in 4°.
Archives municipales Metz (cf. G. Zeller et H. Tribout de Morembert); Bibliothèque municipale de Metz; Arch. dép. de la Moselle à Metz; Arch. dép. de Meurthe-et-Moselle à Nancy; Bibliothèque nationale; Archives municipales de Strasbourg (voir Politische Correspondenz der Stadt Strassburg im Zeitalter der Reformation, t.Il-V, 1887-1933); Archives d’État de Koblenz, Marburg, Stuttgart, Weimaret Wien; Archives générales du Royaume de Belgique à Bruxelles; Public Record Office à Londres; British Library à Londres (voir: State Papers); Sleidans Briefwechsel, H. Baumgarten (hsg.), Londres, Strasbourg, 1881; etc.
Bibliographie concernant Niedbruck comme médecin: Biographisches Lexikon der hervorragenden Ärzte…, 2. Aufl., t.4, 1932, p.365; E. Wickersheimer, «Laurent Fries et la querellede l’arabisme en médecine (1530)», Les cahiers de Tunisie, III/9, 1955, p.96-103 (101); idem, «Deux régimes de santé: Laurent Fries et Simon Reichwein à Robert de Monreal, abbé d’Echternach de 1506 à 1539», T’Hémecht, Luxembourg, I, 1957, p.5. – Bibliographie concernant Niedbruck en général et comme diplomate: la notice la plus détaillée est celle d’O.Winckelmann dans Allgemeine deutsche Biographie, t.52, 1906, p.618-621; ajouter à la bibliographie qui y est donnée, entre autres: Sitzmann, Dictionnaire de biographie des hommes célèbres de l’Alsace, Rixheim, t.2, 1910, p.373, rectifié p.1102-1103; O. Winckelmann, «Zur Frage der Abstammung des Dr. Joh. Bruno von Niedbruck», Jahrbuch der Gesellschaft für lothringische Geschichte, 27/28, 1915/1916, p.543-544; G. Zeller, La réunion de Metz à la France, t.I, Strasbourg, 1926, passim (voir au t.2 à l’index sous Bruno); FH.-L. Weisgerber, «Die Wappen des Niedbruck-Grabsteins zu Tholey», Rheinische Vierteljahrsblätter, 14, 1949, p.214-220; L. Weisgerber, «Auf den Spuren der Herren von Niedbruck», 50 Jahre Reatgymnasium Dillingen, Dillingen, 1953, p.297-299; J.V. Wagner, Graf Wilhelm von Fürstenberg und die Schicksalsmächte seiner Zeit, Paris, Stuttgart, 1966, passim; H. Tribout de Morembert, La Réforme à Metz. I. Le Luthéranisme 1519-1552, Nancy, 1969, passim (voir à l’index sous: Pont de Nied, Jean Bruno du); J.-D. Pariset, Les relations entre la France et l’Allemagne au milieu du XVIe siècle, Strasbourg, 1981, passim (voir l’index sous: Bruno); Les livres des procurateurs de la Nation germanique de l’ancienne Université d’Orléans 1444-1602, I, 2, Biographies, par D.Illmer…, Leiden, 1988, p.385-387; R. Peter, Jean Calvin: Plaidoyers pour le comte Guillaume de Fürstenberg, Paris, 1994; Th. A. Brady, jr., Protestant Politics: Jacob Sturm (1489-1553) and German Reformation, New Jersey, 1995, passim.

Jean Rott et Théodore Vetter (1996)