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MARTHELOT Pierre

Géographe, (C) (★ Joigny, Yonne, 28.2.1909 † 18.1.1995).

Fils d’Eugène Marthelot, instituteur, puis caissier de Caisse d’épargne, et de Jeanne Forgeot, institutrice, puis professeur d’anglais. ∞ 2.9.1935 à Senones Marie Herry (★ Senones, Vosges, 1911), fille de Paul Herry, directeur de tissage, et d’Eugénie Caumont ; 4 enfants. Études primaires et secondaires au collège de Joigny, puis première supérieure au lycée Louis-le-Grand à Paris. Boursier de licence en 1930, il choisit l’université de Strasbourg pour y continuer ses études. Il termina sa licence d’histoire et géographie auprès de Henri Baulig © et utilisa son diplôme d’études supérieures à l’étude du temporel d’une abbaye cistercienne de l’Auxerrois sous la direction de Marc Bloch ©. Il consacra ses vacances à un voyage en Norvège financé par des reportages dans les Dernières Nouvelles de Strasbourg et des causeries à Radio Strasbourg. Élevé dans une famille de libre-penseurs, il s’était converti au catholicisme dès son enfance, mais attendit sa majorité pour se faire baptiser au couvent des Sœurs Réparatrices à Strasbourg en mai 1931. Il s’intégra rapidement au milieu des étudiants catholiques et participa au Comité de la Messe universitaire, ainsi qu’au cercle Saint-Thomas animé au Foyer de l’Étudiant Catholique (FEC) par l’abbé Eugène Fischer ©. Avec le professeur Gemähling, il fonda un groupe des Équipes sociales qui créait des cercles d’études dans les quartiers populaires. Reçu à l’agrégation en 1934, il fit son service militaire au Service géographique de l’Armée. Il enseigna ensuite au lycée de garçons de Mulhouse : il y reprit ses activités sociales et spirituelles, ainsi la création à Kruth d’une auberge de jeunesse de la Ligue française des Auberges de Jeunesse, que Marc Sangnier vint inaugurer en juillet 1939. Henri Baulig lui suggéra d’entreprendre la préparation d’une thèse de géographie humaine sur les Vosges, qui ne fut jamais terminée. Mobilisé en Lorraine en 1939, il réussit en juin 1940 à échapper à la captivité et fut démobilisé à Tarbes. Il retrouva sa famille réfugiée à Brive-La-Gaillarde, Corrèze, hébergée par le résistant démocrate chrétien Edmond Michelet. Marthelot rejoignit en septembre 1940 à Royat, Puy-de-Dôme, son ami Robert Garric, fondateur des Équipes sociales, qui avait été chargé de la direction du Secours national en zone non occupée, et devint l’un de ses collaborateurs. Au printemps 1943, les directions des deux zones furent unifiées et il gagna Paris : dans son logement, il cacha des amis résistants traqués, comme Marcel Prélot © et Alfred Coste-Floret. Lorsqu’il apprit, en juin 1944, l’arrestation à Clermont-Ferrand par la Gestapo de son maître Baulig, il tenta des démarches auprès de personnages bien en cour chez les occupants. Le géographe de Martonne refusa de faire quoi que ce soit pour son rival en géomorphologie. Ce serait sa rencontre avec l’écrivain-diplomate Paul Morand qui aurait obtenu la libération du géographe strasbourgeois. Le 6 décembre 1944, René Capitant ©, ministre de l’Éducation nationale du GPRF, l’envoya à Strasbourg pour y représenter le nouveau recteur, Marcel Prélot. Avec Émile Baas © et Paul Imbs ©, il prépara la reprise de l’enseignement primaire et secondaire dans l’académie de Strasbourg. En 1946, il fut nommé assistant de géographie à la faculté des Lettres. En 1948, il espéra en vain succéder à Baulig. L’année suivante, Pierre Marthelot quitta l’université et fut nommé attaché de recherche au CNRS. Devenu en 1950 professeur à l’Institut des Hautes Études de Tunis, il y assura la direction de la section des Lettres, puis la présidence déléguée. Après la création de l’université de Tunis, il rentra en France comme directeur d’études à l’École des Hautes Etudes en Sciences sociales (alors 6e section de l’École des Hautes Études) et y dirigea le Centre d’études du Maghreb et du Moyen-Orient. Délégué adjoint de la Cité internationale universitaire de Paris, puis délégué général de 1967 à sa retraite en 1980. Il était aussi président national de la Paroisse universitaire.

Publications concernant l’Alsace : « Survivances de la communauté villageoise dans la vallée de la Bruche », Revue d’Alsace, t. 88, 1948, p. 31-43 ; « Un vignoble de montagne, le vignoble des vallées vosgiennes », Revue d’Alsace, t. 89, 1949, p. 63-73 ; « Une campagne ouverte en pays montagneux : le Ban de la Roche », Bulletin de l’Association des Géographes français, n° 187, juin 1947, p. 76-86 ; « L’exploitation des chaumes vosgiennes : état actuel », Bulletin de l’Association des Géographes français, n° 202-203, mai-juin 1949, p. 77-84 ; « Les mennonites dans l’Est de la France », Revue de géographie alpine, 1950 ; avec Philippe Dollinger, Robert Heitz et Alfred Biedermann, « Géographie humaine de l’Alsace », dans : Visages de l’Alsace, Paris, 1947 ; « Henri Baulig », Revue géographique de l’Est, t. 3, 1963, n° 1, p. 3-8 ; Victoire sur la mort: notes intimes, Paris, 1984; Une dynastie d’écolâtres. Chronique familiale et autobiographique, Paris-Montreuil, 1993.

Léon Strauss (2006)