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EINBETH, WORBETH et VILBETH saintes

À première vue, l’on est frappé par le fait que la seconde syllabe, « -beth », est la même dans les trois noms. Selon certains spécialistes, les trois personnes seraient de la même famille et auraient vécu au Haut Moyen Âge. Mais nous ignorons tout de leur vie, car les renseignements fournis par leur Vita légendaire ne nous sont d’aucun secours : ils disent que les trois saintes étaient de la compagnie de sainte Ursule qui se trouvait à la tête de 11.000 vierges, toutes martyres. Nos trois saintes ne sont pas martyres. Il est plus probable qu’elles aient richement doté l’église où leurs corps reposent, donc Saint-Pierre-le-Vieux ; clergé et fidèles gardèrent le souvenir de cette générosité. Ainsi leurs tombes furent d’abord respectées ; puis, quelques siècles plus tard, elles furent considérées comme saintes. L’on ouvrit leurs tombes pour y recueillir des reliques. Elles sont donc des personnages historiques, n’ayant aucun rapport avec les trois Parques. Comme pour d’autres saints personnages, leur culte a sa source au tombeau. Dans certains documents Einbeth figure seule ; dans ce cas les noms des deux sœurs sont sous-entendus. Leur culte apparaît dans les sources historiques au XIVe siècle seulement ; mais auprès des tombes mêmes, les saintes étaient vénérées depuis plus longtemps, certainement avant l’arrivée à Saint-Pierre-le-Vieux des chanoines de Rhinau en 1398 ; nous le verrons plus loin. C’est donc relativement tard, que les trois sœurs jouirent de la vénération des fidèles dans le sud-est de l’Allemagne, en Suisse, et ailleurs : à Adelhausen près de Fribourg en Brisgau dès 1354, à Meransen (1382), à Schildthurn dans le diocèse de Passau (vers 1470), à Adelwil, canton de Lucerne (1595), aussi à Worms sur le Rhin (XVe s.) et en Alsace même, à la chartreuse de Molsheim (1646). Dans l’une ou l’autre localité, surtout auprès de leurs tombeaux, elles attiraient de nombreux pèlerins ; mais nulle part elles ne sont patronnes d’une ancienne église paroissiale. Après la Réforme, on les oublia quelque peu. Ce n’est qu’en 1649, que Gabriel Haug, auxiliaire de l’évêque de Strasbourg et doyen du chapitre de Saint-Pierre-le-Vieux, retrouva leurs tombes sous le maître-autel. De 1865 à 1914, les trois saintes figuraient dans l’Ordo diocésain de Strasbourg (fête le 16 septembre).

Sitzmann, Dictionnaire de biographie des hommes célèbres de l’Alsace, Rixheim, t. 1, 1909, p ; 429 ; M. Barth, « Der Kult der heiligen drei Strassburger Jungfrauen Einbeth, Worbeth und Vilbeth », Archiv für elsässische Kirchengeschichte, 11, 1936, 57-106 (avec bibliographie complète) et 278 ; A. Harbrecht, « Die Reichsabtei Schwarzach. Eine Kulturgeschichte der Reichsabtei Schwarzach », Die Ortenau, 33, 1953, p. 155-156 ; Lexikon für Theologie und Kirche, III, 1959, 743-744 ; Dictionnaire de biographie française, XII, 1970, 1169 ; Lexikon für christliche Ikonographie, 6, 1974, 95-96 ignore le travail fondamental de M. Barth ; Encyclopédie de l’Alsace, V, 1983, 2677. J.-P. Kintz, « Société luthérienne et choix des prénoms à Strasbourg, XVIe-XVIIe siècles », Le prénom. Mode et Histoire, publ. sous la direction de Jacques Dupâquier, EHESS, 1984, p. 235. Inscription peinte en l’église Saint-Pierre-le-Vieux, Strasbourg, à l’entrée d’une chapelle, au-dessus d’un tronc sous une console de la voûte du jubé et découverte en 1984 : (Di)s cappel (new gebu) wen hett Sant Einbett, Worbett und Vilbe (tt) Das in den Stock gefelt… Gehört dem buw (herrn zugestellt)

André-Marcel Burg (1986)