Bussière (Renouard de) Théodore

Vicomte diplomate, voyageur, artiste (Pl puis C) (★ Strasbourg 18.6.1802 † Reichshoffen 21.1.1865).

Fils d’Athanase-Paul Renouard de Bussière ©, frère d’Alfred ©, Léon © et Ferdinand-Gustave Renouard de Bussière © . ∞ 24.10.1829, Octavie Humann, fille du futur ministre des finances de Louis-Philippe et subit dès lors l’influence de la tante de sa femme, Louise Humman, militante catholique. Étudiant à Heidelberg et à Londres. Secrétaire d’ambassade à Munich (1821), à Vienne (1824), à Karlsruhe (13.10.1829). De mai 1827 à janvier 1828 il effectua de Vienne un voyage en Orient avec son ami William lord Brabazon par la Moravie, la Galicie, la Russie méridionale jusqu’à Odessa. Il séjourna à Constantinople, visita la côte de l’Asie Mineure jusqu’à Smyrne, l’archipel et les îles grecs et débarqua à Alexandrie. Il y rencontra des voyageurs et collectionneurs de premier plan : le consul de Suède et collectionneur arménien G. Anastasi, le célèbre voyageur et consul britannique H. Salt chez lequel il vit Giaffar, fils aîné de l’ancien roi de Wadaï, le Dr. Madden. Il prit comme guide pour remonter le Nil jusqu’en Nubie, le fameux mamelouk Youssouf Kachef (alias Joseph Rosignana, de Nizza Manferrato dans le Piémont). Au Caire il logea chez Linant de Bellefond, à Thèbes chez l’archéologue-égyptologue J. G. Wilkinson. Il visita les temples de Kalabsché, Seboa et Ibrim, Ibsamboul (Abou-Simbel). De Wadi Halfa, il redescendit le Nil pour aller du Caire au Sinaï. Il revint en France en compagnie du général Guilleminot, ambassadeur à Constantinople. Il rapporta des objets d’antiquité, une collection de dessins et un journal détaillé de son voyage inédits, détruits lors de l’incendie du château de Reichshoffen en 1939. De ce journal inédit, il ne tira que des extraits remaniés et publiés sous forme de lettres adressées à son parent et ami d’enfance Gustave Edmond de Coehorn (1805-1885) : Lettres sur l’Orient écrites pendant les années 1827-1828. Légitimiste, il démissionna en 1830. Il voyagea en Italie et publia un récit de voyage en Sicile (1835). En 1837 il se convertit au catholicisme. De 1840 à 1845 il vécut en Italie, à Rome chez son ami le prince Borghèse et à Frascati à la villa Taverna, dans une atmosphère de religiosité romantique propice aux conversions où avec les sentiments et les goûts d’un ermite, il se trouva lancé malgré tout dans « le plus grand monde » (Les Borghèse, les Volkonski à la Villa Muti, les Esterhazy, Alopeus, La Ferronnays…). À l’occasion des obsèques de ce dernier il fut « l’instrument » de la conversion spectaculaire de Ratisbonne le 20 janvier 1842 à San Andrea delle Fratte. En 1843 Lord Fullerton, converti par son intermédiaire, devint ensuite son fils spirituel. En 1842 il rencontra Eugène Boré, disciple de Lammenais et orientaliste, de retour d’un séjour de plusieurs années en Orient (Turquie), devint son ami intime, et songea même plus tard à le rejoindre en Orient. Il se lia également avec Louis Veuillot et Taconnet de « l’Univers » qu’il soutint également. Pendant son séjour romain il élabora plusieurs ouvrages d’apologétique et d’histoire religieuse dont La foi de nos pères, et Les sept basiliques romaines. En 1845 il rentra à Reichshoffen qu’il ne quitta plus guère par la suite que pour quelques séjours à Paris chez la comtesse Charles de Gontaut, au Johannisberg chez le prince Metternich et d’autres séjours à Rome. Il s’adonna à son œuvre d’historien : Histoire de la guerre des paysans (1852), L’histoire des Anabaptistes, (1853), Histoire du schisme portugais des Indes (1856). L’établissement du protestantisme à Strasbourg et en Alsace (1859), Le culte de la Sainte Vierge en Alsace et à partir de 1862 Les Vies de sainte Françoise Romaine, de sainte Radegonde, de saint Vincent de Paul, de sainte Rose de Lima etc. Il peignit également de nombreuses aquarelles et dessins d’un goût exquis et sûr malheureusement en majeure partie détruite et dont quelques-uns sont reproduits dans l’ouvrage de Lucien Sittler, Les Vosges du Nord, 1957.

Lettres sur l’Orient, Paris-Strasbourg, 1829, 2 vol. + atlas de 32 lithographies (Voyage relaté dans le Bulletin de la Société de géographie, novembre 1827). Comptes-rendus élogieux dans les Nouvelles Annales des voyages t. XIV (1829), dans la Revue française, juillet 1829, et 9 lettres consacrées à la partie turque du voyage traduites en italien dans la célèbre Antologia (de Vieusseux) n° 107, novembre-décembre. Autres extraits de son journal inédit moins remaniés : « Histoire de Giaffar, prince Wadaï », Revue d’Alsace 1834-35 p. 191-207 et « Voyage en Nubie (Kalabsché, Seboa, Ibrim, Ibsamboul) », Revue catholique d’Alsace, février-mars 1861.

Archives du Ministère des Affaires Etrangères : Dossier personnel ; Journal inédit de William Lord Brabazon ; reliquats dans les archives du comte Dominique de Leusse ; Archives la Ferronnays.

L. (Roumain) de la Rallaye, Un grand propriétaire chrétien au XIXe siècle, Mr. le Vicomte de Bussière, Paris, 1896 ; ouvrage décevant et touffu, mais l’auteur est le seul à avoir eu accès aux archives avant leur destruction ; Vicomte Révérend, Titres, anoblissements, pairies sous la Restauration, Paris 1906, t. VI, p. 63 ; L. Pfleger, « T.W. Röhrich und Th. R. de Bussière », Elsass-Land Lothringen-Heimat, oct. 1929, t. 9, p. 329-334 ; Mme Augustus Craven, Récits d’une sœur, Souvenirs de famille, Paris, 1918, 2 vol. ; Marguerite Savigny- Vesco, Une fresque romantique, Les La Ferronnays, s.l., 1957 ; D. de Leusse, « Théodore de Bussière, diplomate historien et artiste », Saisons d’Alsace, n° 26, 1968, avec portrait par Winterhalter. Étude à paraître de Marc Lang.

Marc Lang (1984)