BRANDT Karl

Médecin nazi (Pl) (★ Mulhouse 8.1.1904 † Landsberg, Bavière, 2.6.1948).

Fils de Julius Brandt, commissaire de police, et de Catherine Émilie Élisabeth Lehnebach. Il quitta l’Alsace en 1919 et acheva ses études secondaires à Dresde en 1922. Études de médecine à Iéna, Berlin, Munich et Fribourg en Brisgau (1922-1928). Il devint assistant de chirurgie à Bochum et se spécialisa dans la chirurgie des traumatismes crâniens. Il prétendait avoir été en relation avec Albert Schweitzer ©, car il désirait travailler à Lambaréné en 1932 : il y renonça car on lui imposait de demander la nationalité française et de faire son service dans l’armée française. Il devint membre du parti national-socialiste le 1.3.1932. En 1933, il fut témoin d’un accident de voiture : parmi les blessés figuraient la nièce et le chef des aides de camp du Führer, Wilhelm Brückner. Ce dernier, atteint d’une grave fracture du crâne, fut sauvé grâce à l’intervention de Brandt, qui fut nommé alors médecin chef à la clinique chirurgicale universitaire de Berlin. En juin 1934, Hitler en fit l’un des médecins de son escorte. Il accompagna désormais le Führer dans ses déplacements : ce fut le cas lors de la signature de l’armistice avec la France à Rethondes le 22.6.1940. Promu Sturmbannführer (commandant) dans la SS en 1937, il fut chargé par le décret secret d’octobre 1939 (antidaté au 1.9.1939), avec Philip Bouhler, chef de la chancellerie du Führer, de diriger l’exécution du « programme d’euthanasie », c’est-à-dire l’assassinat des malades mentaux et handicapés physiques : il avait déjà avant cette date supervisé la « Gnadentot » d’enfants handicapés depuis le début de l’année 1939. Il assuma désormais la responsabilité de milliers d’« exterminations de vies indignes d’être vécues ». Le 28.7.1942, il fut nommé «commissaire général du service de santé» et directement placé sous les ordres d’Hitler : en cette qualité, il était chargé de répartir les moyens médicaux, hospitaliers, les médicaments et le matériel pour l’ensemble du Reich et aussi de coordonner les expériences sur les gaz de combat effectuées sur les déportés dans les camps de concentration. Ses compétences furent encore élargies le 5.9.1943 et une nouvelle fois le 25.8.1944, quand il fut nommé délégué du Reich pour le service de santé, ce qui entraîna un conflit de compétences avec Leonardo Conti, Führer de la Santé du Reich. En mars 1944, le Führer lui alloua une dotation de 50 000 RM. Le 20.4.1944, il fut promu Gruppenführer (général de division) dans la SS et lieutenant-général des Waffen SS. Au début de 1944, il avait rencontré le professeur Otto Bickenbach de la faculté de médecine allemande de Strasbourg, au camp de Natzweiler (Struthof) au sujet des études de ce dernier sur le phosgène. Cette visite, dont le professeur August Hirt © et le doyen Johannes Stein n’avaient pas été informés, entraîna un conflit avec la faculté, qui fut réglé lors d’une rencontre des trois personnes en avril 1944 : les expériences purent se poursuivre jusqu’en août 1944. Ses rapports amicaux avec le ministre Albert Speer le firent mal voir de Martin Bormann, chef de la chancellerie du Parti. Son hostilité aux méthodes peu orthodoxes de Théo Morell, médecin personnel du Führer, entraîna sa disgrâce : en octobre 1944, il fut révoqué de ses fonctions de médecin d’escorte. Le 24.11.1944, sur ordre de Himmler, il traversa le Rhin sur une vedette rapide et se rendit au fort Ney (Fort Fransecky) où s’était repliée la garnison de Strasbourg commandée par le général Vatterodt © ; il promettait une contre-offensive des SS si le fort pouvait tenir quelques jours. Vers l’aube, il repartit emmenant avec lui son collaborateur Bickenbach, qui s’était réfugié au fort. Accusé d’avoir envoyé sa femme de Berlin vers l’Ouest à proximité des Américains, il fut arrêté le 16.4.1945 sur l’ordre d’Hitler. Le lendemain, une cour martiale présidée par le SS Gottlob Berger le condamna à mort pour défaitisme. Speer réussit à faire différer l’exécution et, après la mort d’Hitler, obtint le 2.5.1945 de l’amiral Dönitz, la libération de K. Brandt. Arrêté par les Alliés à Flensburg et inculpé de crimes contre l’humanité, il fut le principal accusé lors du « procès des médecins » au Tribunal international de Nuremberg et condamné à mort le 20.8.1947. La peine fut exécutée par pendaison à la prison de Landsberg le 2.6.1948.

B. Bayle, Croix gammée contre caducée, 1950 ; E. Klee, Euthanasie im NS-Staat. Die Vernichtung lebensunwerten Lebens, Francfort, 1983 ; P. Wechsler, La Faculté de Médecine de la « Reichsuniversitat Strassburg », Thèse Médecine, Strasbourg, 1991 ; G. Hartmann, Das Recht des Anderen. Lebenserinnerungen aus bewegten Zeiten 1920-1933, Marburg, 1993 (traduction partielle par J.Y. Mariotte, AMS) ; DBE, 2, 1995, p. 70 ; H. Weiβ (dir.), Biographisches Lexikon zum Dritten Reich, Francfort, 1998 ; E. Klee, La médecine nazie et ses victimes, Arles, 1999 (index) ; I. Kershaw, Hitler 1936-1945, Paris, 2000 (index) ; H. Weiβ (dir.), Personen Lexikon 1933-1945, Vienne, 2003, p. 54-55.

Louis Ludes et Léon Strauss (2004)

A. P. Weber, Conseiller du Grand Mufti, l’odyssée du Docteur Pierre Schrumpf-Pierron, Strasbourg, 2005, p. 126-130 (portrait).