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et d'Archéologie d'Alsace

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Les notices NetDBA


BICKLER Christian Hermann (Chrétien Armand, prénom usuel : Hermann)

Avocat et homme politique (Pl), (★ Hottviller, ferme du Welschhof, Moselle, 28.12.1904).

Fils de Julius Bickler, fermier du Welschhof (★ Drulingen 1877 † 1913), dont le père était originaire du Hunsrück) et de Magdalena Blaser († 1970), mennonite lorraine, dont la famille était d’origine suisse, ∞ à Keskastel le 4.5.1931 Jeanne Ruth Carstens, (★ 21.1.1909 à l’Hôpital, Moselle, fille de Théodor Alfred Carstens, pasteur à Forbach, puis Keskastel († 1931 cf. M.-J. Bopp, Die evangelischen Geistlichen in Elsass-Lothringen, 1959, 767). 7 enfants.

 

Sa mère étant devenue veuve et exploitant un café-restaurant avec commerce de charbon à Rohrbach-les-Bitche, H. B. fut élevé par son grand-père maternel et fit de 1915 à 1922 ses études secondaires à la Realschule, au Gymnase, puis au lycée de Sarreguemines. De 1923 à 1927, il étudia le droit à l’université de Strasbourg. En 1924, pour défendre la langue allemande en Alsace et Lorraine, il fonda un cercle d’études groupant quelques membres de différentes corporations étudiantes (Wilhelmitana, Argentina, Alsatia...) le Studentischer Heimatbund. En 1926, pour éviter la confusion avec l’Elsass-Lothringischer Heimatbund, ce groupe prit le nom de Wasgau, puis se fondit avec le Bund heimattreuer Elsass-Lothringer de © René Hauss et de © Paul Schall. Au cours d’un voyage en Allemagne en 1925 il assista à une manifestation national-socialiste à Fürth, Bavière. En 1927 il participa à Rosporden, Finistère, au congrès constitutif du Parti autonomiste breton et à Quimper à la fondation du Comité central des minorités nationales de France. Après son service militaire il étudia en 1930 durant un semestre à l’Université de Marburg. Après son stage il ouvrit à Strasbourg en 1934 un cabinet d’avocat en association avec © Pierre Bieber. Dès 1927 il adhéra à l’Unabhängige Landespartei de © Charles Roos. En 1931 il publia dans le quotidien de ce parti, l’ELZ, un supplément hebdomadaire intitulé Jungmannschaft, où il défendait l’allemand, seule langue des Alsaciens. Le 29.5.1932, il présenta à l’assemblée générale de ce même parti une motion contre la francisation de la jeunesse et réclama la rupture de la « communauté de travail » avec l’U.P.R. Membre du comité directeur de la Landespartei, il fonda le 2.9.1932 le mouvement de jeunesse de ce parti, I’Elsass-Lothringische Jungmannschaft. Son organisation interne était fondée sur le Führerprinzip, son emblème était la Wolfsangel, épieu à loup rouge sur fond noir et sa devise : « Frei Volk im eigenen Land ». En 1936, la Jungmannschaft, qui refusait l’action électorale, devint indépendante de la Landespartei. Pour échapper à la dissolution des ligues paramilitaires elle se transforma en Elsass-Lothringer Partei. Son organe, Frei Volk, dont © Fritz Eyer était le gérant, était de tendance völkisch et militait pour une Volksgemeinschaft débarrassée de tous les éléments « étrangers », mais se distinguait du national-socialisme par son rejet du paganisme anti-chrétien. Dans la nuit du 10.7.1937, H. Bickler organisa au château de la Hunebourg reconstruit par © Fritz Spieser, une cérémonie d’hommage au « plus inconnu des soldats », le Feldgrau alsacien de 1914-1918. En 1938, Paris craignait que H. Bickler ne devienne le Konrad Henlein de l’Alsace, mais son parti ne comptait alors qu’un millier de membres environ (selon la police), se recrutant essentiellement dans les villages protestants du Bas-Rhin et quelques villages catholiques du Sundgau. Du 28.9 au 6.10.1938 la police perquisitionna chez H. Bickler et ses amis, ainsi que dans les locaux de son parti, mais ne réussit pas à faire la preuve de sa collusion avec les services allemands, malgré ses contacts avec © Robert Ernst. De septembre à novembre 1938, Frei Volk mena une campagne très violente contre « les juifs, fauteurs de guerre », tout en se démarquant des antisémites d’obédience française et en blâmant les excès commis en Allemagne lors de la « nuit de cristal ». Un décret du 21.4.1939 interdit l’Elsass-Lothringer Partei en vertu de la loi du 10.1.1936. 

Mobilisé dans l’armée française le 25.8.1939, H. Bickler fut arrêté le 5.9.1939, incarcéré à Saverne, puis à Nancy avec d’autres chefs autonomistes et évacué le 14.6.1940 dans le Midi. Libéré avec Schall, Hauss et © Schlegel le 15.7.1940 à Carcassonne à la suite des recherches du Kommando Dehmel, il fut ramené avec ses compagnons aux Trois-Épis, où il signa avec eux le manifeste d’allégeance à Hitler. C’est lui qui se chargea de répondre au nom des quinze Nanziger à l’allocution de © Robert Wagner à Strasbourg. Il prononça des harangues passionnées contre la France « corrompue et dégénérée » et à la gloire du « Führer du grand Reich allemand », au cours de la grande campagne de propagande « Die grosse Wende im Elsass » (Saverne, 28.7.1940 ; Sélestat, 30.7. ; Drulingen, 31.7.) à l’arrivée du premier train d’évacués rapatriés de l’Indre (14.8.), à la première réunion des hommes de confiance de l’Elsässischer Hilfsdienst (26.8.) et à la première manifestation des Jeunesses hitlériennes (9.9.). Dès le début de septembre 1940, H. Bickler avait rencontré Himmler lors de son voyage en Alsace et avait été admis par celui-ci dans les SS avec le grade de Standartenführer (colonel) : le 29.9., au cours d’un meeting au Palais des Fêtes, il annonça l’incorporation totale de la Jungmannschaft dans les SS. Admis dans la N.S.D.A.P. (avec effet rétroactif au 1.1.1940), il fut nommé kommissarischer Kreisleiter  de Strasbourg le 10.9.40, puis de Strasbourg-ville et campagne, Erstein et Kehl, le 5.7.1941. Après un stage auprès du Kreisleiter de Fribourg-en-Brisgau, il entra en fonctions le 1.1.1941 : en cette qualité, il tenta de sauvegarder quelques particularités alsaciennes comme le statut des Hospices civils de Strasbourg contre le zèle assimilateur du Gauleiter Wagner, mais il demanda aussi l’arrestation en France des policiers et des fonctionnaires de l’administration pénitentiaire qui avaient eu affaire aux Nanziger. Il appela les Alsaciens à s’engager dans la Waffen-SS, puis le 25.9.1942 harangua les premiers jeunes Strasbourgeois incorporés de force dans la Wehrmacht et leur annonça son propre départ pour le front. Il démissionna ou ne fut pas confirmé dans ses fonctions de Kreisleiter, en même temps que son beau-frère © Rudolf Lang, en raison de son refus de sortir de l’Église protestante. Après une période de formation au Reichssicherheitshauptamt à Berlin, il fut affecté en 1943 à la section VI du Sicherheitsdienst à Paris (renseignements politiques et contacts avec les organisations collaborationnistes). Le 11.8.1944 il quitta Paris pour Strasbourg, puis Hornbach et Heiligenberg, où pour le S.D. il regroupa les miliciens en fuite, recueillit des renseignements sur la situation en France, tenta d’infiltrer des agents dans les régions libérées de l’Alsace et organisa la fuite en Espagne de certains journalistes de la collaboration parisienne. Après la capitulation il vécut dans la clandestinité en Wurtemberg, pendant quelque temps, comme ouvrier forestier, et échappa ainsi à la justice française qui le condamna à mort par contumace le 4.9.1947 à la cour de justice du Bas-Rhin. En 1948, il se réfugia en Italie du Nord, où il fit une nouvelle carrière d’homme d’affaires, et réside depuis 1964 au bord du Lac Majeur.

Elsass-Lothringische Jungmannschaft. Strasbourg, 1931 ; Was wir wollen : die E.L. Jungmannschaft. Strasbourg, 1933 ; « Bericht aus Elsass-Lothringen », Schweizerische Monatshefte, 14 (1935), p. 632-635 ; Frei Volk, bimensuel, puis hebdomadaire, Strasbourg, mars 1937-mai 1939 ; Die Hintergründe der kommunistischen Politik, Strasbourg, 1938 ; « Verschwörung des Blutes. Die Vorbereitungsarbeit der Jungmannschaft während der Franzosenzeit », Wille und Macht, 17.7.1941 ; « Aus den Jahren der Entscheidung. Brief eines elsässischen Kämpfers für Volkstum und Heimat », Das Elsass, deutsches Kern- und Grenzland, Frankfurt a/M, 1941 ; Widerstand. Zehn Jahre Votkstumskampf der elsass lothringischen Jungmannschaft, Postdam, 1942, et Str. 1943 ; Die Ehre des Elsass. Kreisleiter H. Bickler sprach zu den Gemusterten des Kreises Strassburg, s.l., 1942 ; Brief an Robert Heitz, P. Schall, Elsass gestern, heute morgen ?, Filderstadt, 1976 ; Ein besonderes Land. Erinnerungen und Betrachtungen eines Lothringers, Lindhorst, 1978.

Institut für Zeitgeschichte, Munich, MA 140, Document Center Berlin, dossier Bickler, Str. N.N. juillet-septembre 1940 ; autres références dans : L. Kettenacker, Die nationaisozialistische Volkstumspolitik im Elsass, Stuttgart, 1973, (trad. fr. Saisons d’Alsace, 65 et 68) ; K.-H. Rothenberger, Die elsass-lothringen Heimat- und Autonomiebewegung, Bern, Frankfurt a/M, 1975 ; Ph. Bankwitz, Alsatian autonomist leaders 1919-1947, Lawrence, 1978 (trad. fr. Saisons d’Alsace, 71); P. Zind, Elsass-Lothringen. Alsace-Lorraine une nation interdite, 1870-1940, Paris, 1979 ; E. Riedweg, Strasbourg : ville occupée, Steinbrunn-le-Haut, 1982.

Portraits ; H. Bickler, Widerstand, p. 152 ; Saisons d’Alsace, 65, p. 32, 81, 112 ; H. Bickler, Ein besonderes Land, intérieur de la jaquette ; E. Riedweg, op. cit., p. 66, 86,120.

Léon Strauss et Alfred Wahl (1983)

 

BICKLER Christian Hermann (Chrétien Armand, prénom usuel : Hermann), complément

† Vignone (Italie) 3.3.1984

Philippe Legin (oct. 2016)





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